Mariana

la solidarité
en crise

février, 2021

Champigny-sur-Marne

« Nous venons tous du même village, à 30 kilomètres de Bucarest. » Ce « nous », ce sont Mariana, la grand-mère d’une famille Rom qui a quitté son pays pour venir en France il y a 15 ans. Si la vie y est « meilleure », assure-t-elle, les expulsions de camp à répétition, le manque d’accès à l’eau ou à des sanitaires et la crise sanitaire qui perdure inquiète cette petite dame au visage abîmé par ses années de précarité.

Installée en France depuis quinze ans, Mariana as..

J’agis

Mariana a quitté la Roumanie il y a quinze ans avec sa famille pour une vie rythmée par les expulsions et l’installation dans des camps de fortune. Même si elle assure que son quotidien est meilleur en France, elle témoigne d’une inquiétude face à la crise sanitaire qui perdure.

« Mieux ici », souffle Mariana, indiquant d’un geste de la main le sol bancal de sa cabane. Installée dans un platz* en bordure d’une route de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) depuis le mois de juillet 2020, cette grand-mère de famille, âgée de 51 ans, offre une visite sommaire des lieux. Elle indique le poêle, dans lequel il faut mettre du bois pour se réchauffer l’hiver. Sur l’un des deux lits en palettes, un enfant joue à un jeu vidéo sur un téléphone portable, quasi imperturbable. On comprend, avec les quelques mots de français que connaît Mariana, que cela fait 15 ans qu’elle a quitté la Roumanie, que la vie est meilleure ici et que quatre personnes dorment dans cet espace. Les autres membres de sa famille occupent la cabane voisine.
Tout a été construit de leurs mains avec des matériaux et objets trouvés dans la rue. Les murs sont un assemblage de portes et planches de bois, une tôle couvre grossièrement le tout, un lino semble avoir été posé à la va-vite, quelques tableaux religieux habillent les murs et un meuble, un seul, supporte une grande télévision. La cuisine est à l’extérieur et une dame s’y affaire à la préparation du déjeuner : ce qui ressemble à des morceaux de poulet revient doucement dans une poêle. Ici, il n’y a ni toilettes, ni accès direct à l’eau. « Les robinets les plus proches du platz ont été fermés après notre arrivée. Alors on doit se rendre à une vingtaine de kilomètres de là pour remplir nos bidons d’eau grâce à des fontaines publiques. Mais la plupart du temps, on achète des packs pour pouvoir boire, cuisiner, laver nos corps, nos vêtements et faire la vaisselle », explique Mariana. Une dizaine de packs d’eau, tous les deux ou trois jours, sont nécessaires à la famille, composée de Mariana donc, Marian, tous deux les grands-parents, ainsi que le fils, son épouse et leurs quatre enfants, tout juste scolarisés depuis leur arrivée à Champigny-sur-Marne. D’où l’importance d’avoir un accès à l’eau pour pouvoir « laver leurs vêtements et qu’ils soient propres pour aller à l’école. »

Les évacuations à répétition

Malgré ces conditions de vie précaires, Mariana ne cesse de répéter que la France leur offre, à tous et à toutes, une vie meilleure que la Roumanie. Une quinzaine de familles, majoritairement appartenant à la communauté Rom, sont présentes sur ce platz, où les cabanons faits de bric et de broc s’alignent parallèlement à la route. Pour se protéger du regard des automobilistes, de grandes toiles foncées ont été installées le long de la barrière qui sépare les deux espaces. « Nous venons tous du même village, à 30 kilomètres de Bucarest. Les autres personnes présentes ici sont des membres de la famille, des voisines et des voisins. » Si Mariana et sa famille rentrent de temps en temps au pays, elle passe la majeure partie de l’année ici en France pour travailler. Tout le monde s’y colle. La ferraille, c’est-à-dire la revente de fer et d’autres matériaux, mais aussi la manche sont les deux principales activités du groupe. Les revenus sont aléatoires et tournent autour « de 20 à 30 euros par jour » auxquels il faut cependant déduire le coût de l’essence assurant les trajets de ces activités. Encore une fois, « c’est mieux », assure Mariana une énième fois. Mieux qu’en Roumanie où l’allocation par enfant est de 20 euros par mois seulement, et où Marian a perdu son travail d’entretien des espaces verts pour la Mairie, malgré son diplôme en paysagerie et horticulture. Sans revenu, la famille a préféré partir.

 

Comme de nombreuses familles ayant quitté la Roumanie pour la France, celle de Mariana a connu plusieurs camps, plusieurs expulsions. Avant Champigny, c’était Bonneuil-sur-Marne. Avant Bonneuil, d’autres camps, ailleurs en Île-de-France. « Après notre dernière évacuation, on cherchait à droite et à gauche un endroit où aller. On est resté deux ou trois mois au bord de la Seine et c’est là qu’un homme est venu nous voir. D’abord, il nous a apporté de la nourriture et des vêtements pour les enfants. Puis il nous a conseillé de ne pas rester là, que c’était dangereux pour eux. C’est lui qui nous a indiqué ce platz, où il y avait de la place pour nous. » Depuis, l’homme n’a pas rendu visite à Mariana ni aucune association locale. La famille se plaint alors de l’absence d’un système de gestion des ordures, mais reconnaît ne pas avoir osé en demander. L’installation de toilettes sur le bidonville serait aussi la bienvenue mais aucune démarche n’a été amorcée auprès des autorités locales. Avec la barrière de la langue, le sort que les administrations françaises peuvent réserver aux populations qui vivent dans des camps, on peut comprendre la réticence à solliciter cette aide.

 

Alors que Mariana a disparu pendant une poignée de minutes, Marian, le grand-père de la famille, prend le relais et explique : « Le problème est surtout les expulsions à répétition. Quand on s’installe quelque part, on entame des démarches administratives de domiciliation. Puis on est expulsé et il faut à chaque fois tout recommencer. Cela fait quinze ans qu’on est ici et rien n’a changé. »

Une rumeur court dans le platz

Avec la crise sanitaire en cours, le quotidien de ces femmes et de ces hommes n’est pas arrangé. D’abord, quand on lui demande si le Covid-19 a changé quelque chose, Mariana hausse des épaules. « Personne ne l’a eu ici. Quand on sort on met le masque, on respecte les gestes barrières comme tout le monde mais ici tout va bien. Et puis on fait plus confiance à l’hôpital ici qu’en Roumanie. On sait qu’en France on sera bien reçu et bien soigné en cas de maladie. » Un peu plus tard pourtant, Mariana revient sur le sujet de la pandémie et de son impact sur son quotidien. « Depuis la crise sanitaire, les gens nous évitent, il y a moins de solidarité. Avec le Covid, toutes les opportunités que l’on avait avant n’existent plus. On se fait rejeter de partout. D’habitude quand on se fait expulser, on demande à droite à gauche de l’aide pour des hébergements occasionnels mais avec le Covid, plus personne ne nous le propose. Si on se fait évacuer d’ici, on ne sait pas où on va aller. » Informée, Mariana sait que la trêve hivernale existe et, qu’a priori, la famille est tranquille pour un petit moment. Mais une rumeur court dans le platz : un homme, dont on ignore l’identité, serait passé par là il y a quelques jours pour annoncer une évacuation d’ici la fin-mars. Même si la menace est incertaine, elle pèse sur l’ensemble des habitantes et habitants du camp.

 

« Si jamais on nous met dehors pendant le Covid, ce serait catastrophique. On devrait partir de Champigny-sur-Marne, on perdrait nos repères, on ne saurait pas où aller à l’hôpital, vers qui se tourner en cas de problème… Et un retour en Roumanie est incertain à cause de la fermeture potentielle des frontières. C’est pour cela que vous devez parlez de nous. Pour qu’on puisse être aidé en cas d’expulsion. » Alors que l’heure du déjeuner approche, Mariana se lève après avoir parlé, dit-elle, « au nom de sa famille ». Elle glisse alors que, si on le souhaite, on peut échanger avec d’autres familles du platz. « Mais ils vous diront tous la même chose. »

Texte_ Arièle Bonte

Photos_ Michael Bunel

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Julia

30 Juin 2021

Bonjour/Bonsoir Mariana,
Je m’appelle Julia et j’ai 13 ans. Je suis de tout cœur avec vous et votre famille, et j’espère que malgré les problèmes qui surviennent vous saurez rester forte, comme vous l’avez fait dans toute votre vie ! Je ne vous connais pas énormément, mais j’en sais assez pour dire et affirmer que vous êtes une bonne personne, toujours aux petits soins avec votre famille ❤️ J’espère que ce petit message vous aura touchée, je vous souhaite une bonne journée, bon courage à vous !

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