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Un second confinement plus dur que le premier ? 😰

« Pendant le premier confinement, on a eu des tickets services mais lĂ , plus rien. » Dans le centre d’accueil de jour pour familles et femmes enceintes ESI Famille gĂ©rĂ© par l’association EmmaĂŒs, Nebia me confie sa dĂ©tresse. Dans le creux de son bras se loge un tout petit bĂ©bĂ©, deux mois Ă  peine. La jeune mĂšre, ses deux autres enfants, « six et dix ans », et son Ă©poux, originaires d’AlgĂ©rie, sont hĂ©bergĂ©s dans un hĂŽtel du 115, en Seine-et-Marne, depuis le mois de fĂ©vrier dernier.

 

Quand je lui demande si ce second confinement est plus dur que le premier. Elle rĂ©pond « oui », abattue, fatiguĂ©e. D’autres femmes, croisĂ©es dans ce mĂȘme centre, me confieront ce mĂȘme sentiment.

 

Pourtant, Ă  en juger par les communications du ministĂšre du Logement, les mesures pour les personnes SDF et sans-abris ont Ă©tĂ© prises depuis l’annonce mĂȘme du couvre-feu : la trĂȘve hivernale a Ă©tĂ© avancĂ©e au 1er novembre, stoppant ainsi toute procĂ©dure d’expulsion locative, plusieurs milliers de places ont Ă©tĂ© ouvertes ces derniĂšres semaines et la prioritĂ© est Ă  la mise Ă  l’abri, a assurĂ© Emmanuelle Wargon, ministre dĂ©lĂ©guĂ©e chargĂ©e du logement sur LCI, dĂšs le 3 novembre.

 

UNE MOBILISATION TOUS AZIMUTS

 

« Tous les ans, Ă  la pĂ©riode hivernale, le gouvernement annonce l’ouverture d’un nombre de places prĂ©cis. Avec ce reconfinement, la ministre a assurĂ© qu’elle ouvrirait autant de place que nĂ©cessaire », prĂ©cise Bruno Morel, directeur gĂ©nĂ©ral d’EmmaĂŒs.

 

« C’est une mobilisation tout azimut », assure-t-il avant de nuancer : « Mais en mĂȘme temps, il y a encore plein de personnes Ă  la rue, et de plus en plus qui attendent dehors, devant nos portes d’accueils de jour. D’oĂč l’importance d’ouvrir de nouveaux endroits et de rĂ©partir davantage l’arrivĂ©e des personnes dans ces lieux. »

 

Pour François Bregou, directeur opĂ©rationnel en charge du pĂŽle « PrĂ©caritĂ© & Exclusion » de l’association Aux captifs, la libĂ©ration, il est difficile de comparer les deux confinements. « En mars, beaucoup des accueils et structures Ă©taient fermĂ©es. Ce n’est pas le cas aujourd’hui mĂȘme s’il faut prendre en compte la rĂ©duction des capacitĂ©s d’accueil de ces lieux avec les mesures de distanciation. »

 

Les tickets services, Ă©voquĂ©s par Nebia et d’autres femmes lors de ma visite dans le centre, « ont Ă©tĂ© mis en place au printemps dernier en rĂ©action Ă  la fermeture de nombreuses associations dont les prestations, notamment alimentaires, Ă©taient en partie suspendues », rappelle François Bagou. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui : les associations sont aujourd’hui ouvertes et peuvent assurer leur aide aux personnes les plus dĂ©munies.

 

Alors pourquoi, sur le terrain, le discours n’est pas le mĂȘme. Pourquoi Nebia ne peut-elle pas correctement se nourrir, ou glisser dans la poches de ses enfants un goĂ»ter pour l’école ?

 

TOUCHER UN AUTRE PUBLIC ?

 

Christophe Robert, directeur gĂ©nĂ©ral de la Fondation AbbĂ©-Pierre, confirme le point de vie de François Bagou. « Une des raisons pour laquelle nous avons mis en place une distribution en force de tickets solidaires, c’est parce qu’on voyait une trĂšs forte rĂ©duction des distributions alimentaires. Le gouvernement a choisi de ne pas prolonger l’offre de ces tickets car les aides alimentaires ont massivement repris », explique-t-il avant de s’interroger : « On ne peut pas dire qu’il y a moins de distributions aujourd’hui mais peut-ĂȘtre que les tickets services ont permis de toucher d’autres publics. »

 

Ces publics, ce sont par exemple ces femmes, souvent seules, avec un, deux, trois enfants, qui n’ont pas encore trouvĂ© de solution d’hĂ©bergement, malgrĂ© les appels quotidien au 115. Aujourd’hui, certaines d’entre elles dorment dans une station de mĂ©tro de Charles-de-Gaulle — Étoile. MalgrĂ© les efforts des associations, malgrĂ© les mesures du gouvernement, elles Ă©chappent aux mailles du filet. Ces femmes, ce sont aussi les Nebia qui ont un toit mais n’ont pas assez de lait en poudre pour nourrir leurs nouveaux-nĂ©s.

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