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Question bête : pourquoi est-ce qu’on ne loge pas les personnes sans-abris ? 🤔

Héberger une personne sans domicile coûte moins cher à l’État que de la laisser dehors ou en hébergement d’urgence. Qu’attend notre gouvernement pour venir en aide à ces personnes (tout en faisant des économies) ?

 

1 million d’euros. Voici ce que coûte à l’État la crise du logement par jour en Île-de-France, révèle Le Parisien dans un article publié le 31 décembre 2020. Une note salée pour terminer l’année et la conséquence d’un parc social et de centres d’hébergement saturés. Car ce million d’euros correspond aux nuits d’hôtels payées à celles et ceux qui n’ont pas de toît et à qui on n’a pas pu proposer d’autres solutions pour ne pas dormir dehors.

 

« Au 26 octobre 2020, le nombre total de nuitées hôtelières s’élevait à 53.545 en Île-de-France », rapporte la préfecture de région Île-de-France. Passons sur les calculs de maths détaillés dans Le Parisien et poursuivons le constat : une chambre d’hôtel pour une personne sans-domicile coûte en moyenne à l’État 630 euros par mois et par personne. Que trouve-t-on dans un tel espace ? Un lit, une armoire, une table de chevet et, si on a de la chance, une douche et des toilettes privatives. La solution n’est bien entendu pas idéale : loin d’être pérenne, elle n’offre pas de véritable espace de vie et le confort du « chez soi ».

 

Pourquoi s’obstiner à loger ces personnes vulnérables dans ce type de structures alors même que, on le sait, loger les personnes sans-abris coûte moins cher à l’État que de les laisser dehors.

 

Une personne SDF coûte 17.000 euros quand on la laisse dehors

 

Plusieurs études allant dans ce sens ont été menées aux États-Unis et au Canada. En 2017, une équipe de l’Assistance publique — Hôpitaux de Marseille a mené la sienne auprès de 700 personnes concernées.

 

« Un sans-abri coûte très cher à la société : il va aux urgences, au Centre médico-psychologique, en prison, dans des structures d’hébergement temporaire… », a expliqué Pascal Auquier, professeur de santé publique et de médecine sociale, en charge de la supervision du projet. « Sur un an, un SDF atteint de troubles mentaux (la moitié des gens à la rue environ) coûte 17.000 euros à l’État, contre 14.000 pour les gens logés par “un chez soi d’abord” », peut-on lire dans Les Echos.

 

Dernier exemple : la Finlande, qui a adopté une politique pro-active sur la question du « Logement d’abord » depuis les années 80, est le seul pays européen à voir son nombre de personnes sans domicile diminuer, comme le rapporte L’Express. Les résultats sont là, les coûts financiers sont moindres (triste monde dans lequel on vit, me dirais-tu, pour qu’il faille donner des arguments financiers pour espérer pouvoir faire changer les choses)… Alors qu’attend la France pour héberger dans des appartements, sans condition, les personnes qui n’ont pas de logement ?

 

En finir avec la politique de l’urgence

 

J’ai posé cette question, tellement évidente qu’elle en devient bête, à Christophe Robert, directeur général de la Fondation Abbé-Pierre, qui se bat pour la mise en place d’une politique du Logement d’abord en France « beaucoup plus grande que celle que l’on connaît aujourd’hui », m’a-t-il dit. « Mais pour y arriver, il y a la nécessité de faire appel à de multiples leviers en simultané ». Lesquels ? « La construction de logements sociaux, la mobilisation plus importante de logements privés à vocation sociale, la recherche de solutions pour éviter que les gens ne soient expulsés de leur logement. »

 

Il s’agit pour la crise du logement, tu l’auras compris, d’une problématique multifactorielle qui demande donc des réponses toutes aussi multiples. La France s’entête à répondre par cette crise dans l’urgence. « Nos politiques publiques ne sont pas suffisamment pensées sur le long terme, dans des mesures de prévention et avec cette dimension systémique », martèle Christophe Robert, pointant alors du doigt les incohérences budgétaires menées par notre gouvernement : « la baisse des aides à la construction de logements sociaux, un plan de relance muet sur ces questions mais des fonds qui se débloquent en période de grand froid. » Pour de l’urgence, encore et toujours.

 

« On subit cela année après année, sans compter que le logement est trop cher dans les grandes villes, que les APL ne sont pas assez conséquentes. Il y a un décalage entre la réalité du marché et les capacités financières de beaucoup de nos citoyens, y compris ceux qui travaillent. »

 

Dans un rapport rendu public le 7 janvier dernier, la Cour des Comptes dresse le bilan à mi-parcours du plan quinquennal « Logement d’abord », « outil phare du gouvernement » pour diminuer le nombre de personnes sans-abris », rappelle La Croix. Si la Cour des Comptes reconnaît une augmentation des dépenses publiques consacrées à l’hébergement d’urgence (plus de 4 milliards d’euros), et de l’aide publique au logement social (15 milliards), elle constate cependant des « résultats globalement en deçà des attentes », et alerte le gouvernement sur le besoin d’en faire plus.

 

Même son de cloche chez Léa Filoche, adjointe à la Maire de Paris en charge des solidarités, de la lutte contre les inégalités et contre l’exclusion. L’élue rappelle que la question du logement « relève de la compétence de l’État » et observe que les solutions d’hébergement, « censée être une étape vers un logement plus pérenne », ne sont plus une étape. « On n’arrive pas à sortir les personnes qu’on met dans ces dispositifs », explique l’adjointe avant de préciser : « À Paris, on subit les effets des choix qui ont été faits dans les années précédentes : la fermeture de nombreux services et lieux d’accueils, tels que la CAF, par exemple. » Résultats ? Les liens entre l’État et les personnes les plus précaires se réduisent, de nombreuses personnes n’ouvrent pas leurs droits légaux tandis que d’autres n’ont tout simplement pas accès au logement social. « Malgré les efforts volontaristes d’un grand nombre de collectivités, ces derniers ne permettent pas de répondre aux besoins du logement », souligne Léa Filoche. « On a un vrai sujet dont la manière l’État consacre une partie de ses dépenses publiques, et aujourd’hui on constate que ce n’est pas sa priorité. »

 

Que faudrait-il alors mettre en place, dès maintenant, pour inverser la tendance actuelle ?

 

Plus d’argent et de logements sociaux pour les personnes sans domicile

 

Christophe Robert, rappelant la responsabilité de l’État sur la question du logement des personnes sans domicile, propose deux actions à mettre en place en priorité :

 

1. Attribuer davantage de logements sociaux aux personnes sans domicile. « Cela peut être un levier pour accélérer la sortie des hébergements d’urgence », estime le directeur général de la Fondation Abbé-Pierre.

 

2. Remettre beaucoup de moyens financiers : pour favoriser la construction de logements sociaux, faire baisser leurs loyers, augmenter les APL et ainsi permettre une meilleure accessibilité des logements. « Les APL ont été malmenées par ce gouvernement depuis 2017 », dénonce Christophe Robert.

 

La Cour des Comptes formule des recommandations quasi identiques dans son rapport. Il s’agit pour elle de prioriser l’orientation des personnes sans domicile vers des solutions dites du “logement d’abord”, modifier les règles et pratiques d’attribution des logements sociaux et transformer les places d’hébergement d’insertion en logements sociaux ou adaptés.

 

En France l’association Toit à Moi incarne cette démarche en achetant des appartements dans le but d’y héberger des personnes sans domicile et de les sortir des solutions d’urgence. Sylvain, que nous avions rencontré, avait bénéficié de ce programme avant de voler, ensuite, de ses propres ailes. Une rédemption possible en partie grâce à la générosité et la solidarité d’une poignée de citoyennes et citoyens français.

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