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Pourquoi est-ce que je donne ?

Le fait de donner de l’argent, un bout de pain ou de son temps n’est pas anodin.

 

Un jour de juin, je marchais dans la rue, quand un homme m’a abordée frontalement pour me vendre un CD. J’ai décliné son offre. Quelques mètres plus loin, un autre m’a approchée timidement pour solliciter mon aide. Je lui ai donné le fond de pièces jaunes qui trainait dans mon porte-monnaies, j’ai discuté avec lui, et j’ai fini par revenir le voir le lendemain pour lui apporter un sac de sport rempli de ce dont il avait besoin.

 

Des vêtements, une paire de chaussures, une serviette et du gel douche, un coupe-ongles et l’adresses et horaires d’ouverture des Bain-Douche le plus proche. Je ne l’ai plus jamais revu mais je repense souvent à lui — Marty — quand je passe devant l’endroit où il m’a abordée, et je me demande souvent pourquoi je l’ai écouté et aidé lui, et pas l’autre.

 

Don sacrificiel, don fusionnel ?

 

« Pourquoi est-ce qu’à des moments je réagis et d’autres non ? C’est une question d’introspection pour chacun d’entre nous », m’explique Antoine Vaccaro sociologue, spécialiste de la philanthropie et président du Cerphi (Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie). « À cet instant, il se passe quelque chose qui nous submerge et il est alors difficile d’expliquer à soi-même pourquoi on a donné à une personne mais pas à une autre. C’est ma position personnelle à ce moment-là qui me pousse à cette proximité », poursuit le spécialiste qui distingue alors deux formes de dons :

 

  • le don sacrificiel : je donne pour éloigner de moi cette souffrance ou cette douleur que je ne veux pas voir. Je donne pour éloigner de moi ce qui me fait peur, ce qui m’angoisse.

 

  • le don fusionnel : je donne par compassion, j’embrasse cette personne à travers mon geste et mon soutien.

 

 

“Hey je donne aux sans-abris”

 

En écrivant cet édito, et en questionnant Antoine Vaccaro, je me prends à m’interroger sur ma démarche même de partager ce court épisode de ma vie. Je suis mal à l’aise à l’idée d’écrire que oui, cela m’arrive de donner de l’argent, de la nourriture ou des produits de première nécessité aux personnes sans-abris. Parce que j’ai peur du qu’en dira-t-on ? Parce que j’ai l’impression de ne jamais en faire assez et que tirer la lumière sur mon acte de générosité est disproportionné par rapport à toutes les fois où j’ai détourné le regard, refusé d’acheter un CD ou gardé mes pièces jaunes au fond de mon sac ?

 

Quand j’ai lancé un appel à témoignages sur Twitter et Facebook pour donner la parole à celles et ceux qui donnent aux personnes sans-abris, j’ai reçu peu de réponses. Une personne m’a répondu en privé parce que, je cite,« je n’ai pas envie de faire un commentaire pour montrer que ‘Hey je donne aux sans-abris’ […] ».
Là encore, je sollicite le point de vue du président du Cerphi pour éclairer ma pensée. Le sociologue estime que le fait de communiquer sur sa générosité permet dans certains cas « d’en faire la publicité et de se valoriser à travers son geste ». Tandis que dans d’autres cas « le fait de valoriser son geste lui fait perdre sa valeur ».

 

Que vous fassiez ou non la publicité de vos dons, Antoine Vaccaro est optimiste quant à l’avenir de la générosité et de la solidarité des Françaises et des Français. « On est dans un moment très grand d’égoïsme et, en même temps, dans un grand moment de solidarité », observe le sociologue. Si la précarité augmente en France depuis le confinement, la générosité aussi. « Quand je suis dans la souffrance, je vais probablement être plus généraux », résume ainsi le spécialiste. Il restera toujours des personnes qui estiment que leurs problèmes leurs suffisent pour qu’elles s’occupent de ceux des autres. voulez-vous être de ceux-là ?

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