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Ouvrons nos yeux : les femmes sans-abris existent

Près de 40% des personnes sans domicile sont des femmes. Pourtant, elles restent encore majoritairement invisibles aux yeux de la société.

 

Il y a cette anecdote que raconte la lanceuse d’alerte Sarah Frikh lorsqu’elle explique son engagement pour les femmes sans-abris. C’est un jour dont elle se souviendra toute sa vie, assure-t-elle. Elle se rendait à l’hôpital pour rendre visite à son ami et ancien SDF, Michel Baldy, sur le point de mourir d’un cancer. « Avant de partir, il m’a dit de continuer ce que je faisais pour les sans-abris mais de ne pas oublier les femmes de la rue ». Étonnée, la créatrice de la pétition « Des centres d’accueil pour mettre les femmes SDF en sécurité » lui répond qu’elle n’en voit pas beaucoup des femmes à la rue. « Ouvre les yeux et elles viendront à toi », lui a assuré son ami.

 

Sarah Frikh a suivi le conseil de Michel Baldy et elle les a vues, ces femmes qui se cachent dans des parkings, dorment sous des voitures ou dans un local à vélo pour éviter les viols. Celles qui prennent le métro d’une ligne à l’autre, seules ou avec enfants, pour rester au chaud, celles qui somnolent dans le fauteuil d’une bibliothèque ou qui, avant le confinement, passaient la nuit en discothèque pour trouver quelqu’un avec qui rentrer. « C’est comme si on m’avait enlevé des œillères », me confiait la lanceuse d’alerte, le jour de notre première rencontre.

 

Des femmes qui se cachent ?

 

« La dernière enquête nationale sur la situation des personnes sans-abri établit que les femmes représentent près de 40% des personnes sans-domicile », rapporte Élina Dumont, comédienne et ancienne sans-abri, dans son rapport « Femmes à la rue » pour la Région Île-de-France. « Il se peut que ces chiffres sous-estiment la réalité des faits puisqu’ils se fondent sur la fréquentation des établissements sociaux, excluant de fait celles qui ont renoncé à bénéficier de leurs services », précise-t-elle.

 

Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs, m’indique cette donnée : lors de la dernière Nuit de la solidarité, menée en février 2020 à Paris, les femmes représentaient « 12% des personnes recensées, soit environ 420 femmes à la rue ».
Depuis que je travaille sur la thématique des personnes sans-abris, j’ai moi aussi appris à aiguiser mon œil. Mais je crois que les « invisibles », comme on les appelle, ne sont invisibles que parce qu’on a décidé de ne pas les voir. Pour les femmes, c’est plus compliqué, certes. Elles se cachent, certaines travaillent la journée, ce qui les rend moins visibles que l’homme qui dort sur un bout de carton en bas de chez-soi. Mais elles sont bien là. Les chiffres le montrent et les associations tirent la sonnette d’alarme : la demande augmente, les moyens manquent.

 

Une société qui ne veut plus voir ?

 

« Il y a plusieurs sujets », explique d’emblée Bruno Morel, « comme le besoin de protéger les femmes des violences des hommes et de la rue, d’accompagner celles qui accouchent en maternité et se retrouvent ensuite dehors, ou encore le besoin de créer des espaces spécifiques aux femmes pour leur bien-être et leur hygiène », énumère encore le directeur d’Emmaüs, conscient de la pluralité des problématiques et du changement de la société à l’égard des femmes à la rue.

 

Élina Dumont le confie, quand elle était SDF à 18 ans, les gens étaient outrés. Une femme aussi jeune ne devrait pas être livrée à elle-même. Aujourd’hui, on détourne le regard. A-t-on vraiment envie d’appartenir à cette société qui ne veut plus voir ? Ne peut-on pas la façonner à notre image, avec plus d’humanité et de générosité ?

 

Car à force de s’éduquer sur la question, d’être sensibilisés et de vouloir contribuer, les « invisibles » deviennent « visibles » aux yeux de tous et de toutes. Sarah Frikh l’a montré. Une fois qu’on a les yeux ouverts, les fermer devient plus difficiles.

 

Que faire pour changer les choses à son échelle ?

 

D’abord, prendre conscience que les femmes sans-abris ne sont pas toutes « vêtues de chaussures faites de sacs plastiques à pousser des caddies remplis de détritus », comme le rappelle Élina Dumont en introduction de son rapport de mission pour la Région Île-de-France.

 

Prendre conscience qu’une femme à la rue peut être seule, avoir des enfants, un travail, être enceinte, qu’elle a probablement ses règles et qu’elle n’a pas les moyens de s’acheter des protections hygiéniques. Qu’elle a très certainement subi des violences physiques et sexuelles, ce qui en fait un être sensible, fragile, qui a besoin de temps pour se reconstruire. Car dans la rue, les inégalités et les violences sont décuplées. Les femmes sont des proies, leurs corps des objets que l’on troque contre un toit, un billet, une douche.

 

Il faut apprendre à écouter les histoires plurielles de ces femmes, comprendre les spécificités auxquelles elles doivent faire face dans la rue et apprendre à avoir les bons réflexes quand on en croise une dans la rue.

 

Dire « bonjour », se présenter, demander si on peut aider d’une façon ou d’une autre, proposer une serviette hygiénique, une mise en relation avec une association comme Réchauffons Nos SDF qui s’occupe de leur trouver un abri, en chambre d’hôtel ou chez une personne bénévole. Tant d’autres ont besoin de votre aide.
Cette grande thématique, nous aurons l’occasion de t’en reparler. D’ici là, nous t’invitons si tu le peux à faire un don, régulier ou non, à Réchauffons nos SDF, pour permettre de financer des nuits d’hôtels à des femmes qui vivent dans la rue. Une étape cruciale avant la stabilisation et leur reconstruction.

    Arièle Bonte

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