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Comment aider les personnes sans-abris (sans y perdre ses plumes)

Les joies comme déceptions font partie du quotidien de celles et ceux qui aident des personnes sans-abris. Comment se protéger tout en luttant contre la précarité ? Réponses avec Élina Dumont, comédienne et chargée de mission pour la Région Île-de-France.

 

Tu dois le savoir si tu nous lis régulièrement, chez Sans A_, on veut faire plus que du journalisme, on veut faire plus que de raconter des histoires. On veut agir et t’aider à agir. Pour cela, on a organisé des cagnottes qui ont bien fonctionné. Grâce à elles, on a pu acheter une nouvelle voiture à Léa (on a même immortalisé le moment, tu peux le découvrir ici), et on a logé Serge pendant l’hiver. Et puis, il y a par exemple Alexandra*, une jeune femme qu’on a rencontrée il y a quelques mois, mais qui n’a finalement pas souhaité qu’on publie son histoire. Une personne qui l’a hébergée à titre gracieux m’a ensuite confié sa déception face au comportement de la jeune femme, « très perturbée », selon ses dires. Il y a aussi, plus lointain, ce fait divers d’un jeune homme SDF qui a profité de la générosité des gens pour les voler. J’ai aussi entendu des conflits, surtout des histoires liées à l’argent ou encore des amitiés qui se sont terminées.

 

Récemment, on a réalisé le portrait de Nino, un entrepreneur dans le bâtiment qui a raconté avoir perdu sa maison et son emploi à la suite de la crise sanitaire. Sans A_ a organisé une cagnotte pour le reloger et a collecté 6506 euros auprès de 247 personnes à cet effet. Problème : Nino n’a pas respecté ses engagements concernant cet argent. Une avance qui lui avait été faite par Sans A_ n’aurait semble-t-il pas été utilisée pour l’héberger. Cependant, Nino a retrouvé un travail. En accord avec son patron, Sans A_ a donc finalement décidé de l’accompagner.

 

Bref, les échecs, déceptions et autres lenteurs administratives font partie de notre quotidien. Autant que les belles histoires. Je crois que c’est important d’en parler. Parce que même si on t’encourage à sortir en bas de chez toi, au coin de la rue, ou sur la place de l’église discuter avec les Sans A de ton quartier, il est aussi important de dire qu’on ne peut toujours aider quelqu’un, qui plus est quand on est seul-e, sans expérience dans le travail social et même avec toute la bonne volonté du monde.

 

Et ça, ce n’est pas moi qui le dit, mais Élina Dumont. Comédienne, chargée de mission pour la Région Île-de-France, membre du comité de la rue de l’association Entourage et ancienne SDF, Élina est aussi travailleuse sociale et elle en connaît un rayon sur l’accompagnement des personnes sans domicile. Quand je l’ai appelée pour échanger ce sujet, Élina m’a alors raconté plusieurs histoires qui se sont mal terminées parce qu’elle même a hébergé, chez elle, des personnes sans passer par une structure ou un cadre. Résultats : la police est venue à son domicile, elle a reçu des menaces de mort et elle a dû finir par déménager. « Une personne sans abri, qui est à la rue depuis longtemps, a des failles. Des problématiques psychologiques, voire psychiatriques, ou encore des addictions », explique la spécialiste. « Moi-même quand j’étais jeune, j’ai été hébergée par des gens, parce que je me montrais sous mon meilleur jour. Mais, en cachette, je prenais de l’alcool, du crack ou des médocs. Et je me faisais virer au bout de trois mois ! »

Des gestes simples

Tout comme Élina Dumont, j’aimerais vous dire qu’il n’y a que de belles histoires, mais la réalité est différente. « Il y a dix ans, je demandais pourquoi les citoyens et citoyennes qui avaient une chambre de bonne ne la prêtaient pas aux personnes de la rue… Aujourd’hui, jamais je ne le ferai, ou alors avec l’aval du référent social ! Et si je le dis et redis car même moi, en étant travailleuse sociale, j’arrive à me faire avoir ! »

Alors pour aider, la comédienne préconise des gestes simples : avoir toujours sur soi une liste d’adresses où se nourrir, se laver, demander à rencontrer un travailleur ou une travailleuse du social, etc., afin de transmettre ces informations aux personnes qui en auraient besoin. Appelez votre mairie ou une association de terrain, elles sauront vous guider. « Avant de faire quoi que ce soit, je préconise de demander les coordonnées du référent ou de la référente sociale de la personne et de l’appeler pour lui demander ce qu’il est possible de faire. Bien sûr, il y a le secret professionnel, on ne vous dira pas tout, mais il ou elle vous conseillera si vous pouvez ou non héberger cette personne. »

 

Pour terminer, je vous laisse avec cette réflexion de Christophe Louis, des Enfants du canal, paru dans un article de L’Obs : « Il faut plutôt se battre pour que les gens aient un chez soi digne et correct, que d’essayer de pallier de cette manière-là au manque de volonté de l’État. Tant qu’il n’y aura pas une prise de conscience générale, rien ne bougera. En revanche, si chacun écrit à son maire et à son député en disant qu’il n’accepte pas qu’une ville comme la sienne n’applique pas les quotas de logements sociaux de la loi SRU et laisse les gens à la rue, là, on obtiendra quelque chose. Je prends toujours l’exemple des radars : quand il a été question d’enlever les avertisseurs de radars, il y a eu des tôlés. Des courriers ont été envoyés à tous les députés par des automobilistes qui disaient : “Je ne tolère pas ça et vous n’aurez pas ma voix.” Ces gens ont fait changer la loi. Je crois vraiment que si on veut changer le problème des sans-abri, il faut que ça devienne une question prioritaire des citoyens pour que le politique s’en empare complètement. »

 

*ce prénom a été modifié

    Arièle Bonte

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