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Ce qu’il ne faut pas faire quand on veut aider une personne sans-abri

Vouloir aider, c’est bien. Demander avant comment, c’est mieux.

Est-ce qu’il y a de bonnes et de mauvaises façons d’aider les personnes sans-abris ? Cette question, je me la pose régulièrement. Au sein de mon travail avec Sans A_, lorsque je tends un sourire à un homme qui fait la manche devant une boulangerie ou quand je vois des cagnottes à n’en plus finir circuler sur les réseaux sociaux.

Début février, je traînais sur Twitter et je suis tombée sur ce tweet de Croisepattes, un homme sans-domicile qui partage son quotidien sur le réseau social et relaie des informations et actualités liées au sans-abrisme : « Je fais la manche dans la rue pas sur twitter. » Ervé, de son prénom, a dû s’exprimer sur son compte pour rappeler à l’ordre un internaute qui pensait bien faire. Ce dernier a pris l’initiative de lui organiser une cagnotte Leetchi. Problème : il ne lui a pas demandé son avis, jugeant, probablement, a priori, qu’Ervé avait besoin d’argent et qu’il accepterait très volontiers cet acte de générosité.

« C’est ce qui m’a dérangé le plus », m’a confié le cinquantenaire, quelques jours plus tard, quand je suis allée le retrouver dans le 10ème arrondissement de Paris, son quartier. « C’est dégradant pour moi de prendre une initiative sans me concerter, j’étais mal à l’aise », a-t-il ajouté, en glissant entre les mains d’un jeune homme passant par là, visiblement lui aussi en galère, un billet de 5 euros.

 

Pourtant, Ervé a déjà fait l’objet d’une cagnotte, l’an dernier, « organisée et très encadrée » par des personnes qu’il connaissait. Au départ d’ailleurs, cet ancien dessinateur n’était pas tellement pour mais il avait des besoins précis avant de quitter Paris pour travailler dans le Sud de la France. « J’ai fini par accepté et tant mieux, parce que le Covid est arrivé et je n’ai pas pu bosser ! »

 

Concernant la récente cagnotte, Ervé précise également qu’il a eu cette impression qu’elle était organisée par des personnes qui n’y connaissaient pas grand chose dans ce type d’initiatives. « Quand mes amis ont récolté l’argent, ils ont eu quelqu’un de Leetchi au téléphone qui s’est assuré que la somme allait bien m’être versée. C’était compliqué à gérer comme je n’ai pas de compte en banque. Mais là, j’ai regardé le compte qui s’occupait de celle-ci et il avait l’air nouveau, de ne pas maîtriser le truc. C’est pas une question de méfiance, ce genre d’initiatives peut partir d’un bon sentiment, mais on ne sait pas toujours quels en sont les aboutissants. »

Se méfier des cagnottes ?

 

Dernièrement d’ailleurs, un autre tweet a attiré mon attention. Celui de @AffameClochard dans lequel une personne se présentant comme SDF a posté un appel à l’aide en raison du froid.

Sarah Frikh, la présidente de l’association Réchauffons Nos SDF lui a écrit un message pour lui proposer une mise à l’abri dans une chambre d’hôtel et la personne derrière le compte ne lui aurait pas répondu tandis qu’une autre internaute dit être allée sur place, avoir rencontré la personne en question mais qu’elle ne serait pas à l’origine des tweets.

Plus troublant encore, la présentatrice Marie Palot reconnaît dans ce message une tournure de phrase postée par un compte différent, quelques mois plus tôt. Il se trouve qu’elle aurait été arnaquée par la personne derrière cet autre compte, comme le raconte le youtubeur Zack Nani dans une vidéo publiée sur sa chaîne en novembre 2020.

 

Bon, inutile de partir en théorie du complot dans ce cas précis mais plutôt, comme le conseille Zack Nani à la fin de sa vidéo, de se méfier des cagnottes et initiatives qui circulent en ligne sans aucune affiliation à une association ou structure spécialisée, garantes de sécurité et de transparence.

 

Aider la personne en bas de chez-soi

 

Méfiant, Ervé l’est aussi forcément. Mais pour une autre raison que la suspicion d’une arnaque. « Je n’aime pas du tout ce qui s’est créé via les réseaux sociaux : ceux qui aident mais qui se filment en même temps. Cela me gêne. Je suis SDF, je fais des maraudes mais je ne me filme pas pour raconter que j’ai distribué 800 paires de chaussettes la semaine dernière. » C’est ce que dénoncent par exemple le youtubeur MaxEstLa dans une vidéo publiée sur sa chaîne en février 2018.

Suivi par 10.000 internautes sur Twitter, Ervé raconte aussi recevoir beaucoup de messages de personnes, situées dans toute la France, lui demandant comment l’aider. « Je leur réponds de commencer par aider la personne qui vit en bas de chez elles. » En cette période de grand froid, il est d‘autant plus nécessaire de lever le nez de nos téléphones portables, et de s’intéresser à celles et ceux qui vivent dehors, dans nos rues, dorment dans nos caves, sous nos escaliers, dans les métros, des foyers ou encore à même le sol, de leur dire bonjour et de leur demander, tout simplement, de quoi elles ou ils ont besoin.

    Arièle Bonte

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