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Sans-abris : ces femmes cachées que l’on ne saurait voir

Les femmes représentent environ 40% des personnes à la rue mais restent invisibles dans l’espace public. Les raisons à cette invisibilisation sont multiples. Explications avec la comédienne, experte pour la Région Île-de-France et ancienne sans-abris Élina Dumont.

 

Vous ne les voyez pas mais elles sont bien là. Ces femmes qui n’ont pas de toit, vivent dans la rue, parcourent les lignes de métro pour rester au chaud ou se cachent dans des parkings pour fuir la violence de la rue. Selon la dernière enquête de l’Insee sur le sujet, menée en 2012, deux personnes sans-domicile sur cinq sont des femmes. Mais comme le souligne Élina Dumont, comédienne, ancienne sans-abri et chargée de mission pour la Région Île-de-France, dans un rapport publié en octobre dernier : « il se peut que ces chiffres sous-estiment la réalité des faits puisqu’ils se fondent sur la fréquentation des établissements sociaux, excluant de fait celles qui ont renoncé à bénéficier de leurs services. Elles sont nombreuses à survivre en dehors des radars, dans les bois de Vincennes, de Boulogne, et dans les vastes parkings souterrains du quartier de la Défense. »

 

Ces femmes se cachent

 

Plus invisibles encore que les invisibles. Les raisons à cette spécificité des femmes dans la rue sont nombreuses. « Soit elles travaillent mais leurs employeurs ne savent pas qu’elles vivent à la rue, soit elles trouvent refuge dans les bibliothèques, les cybercafés. La nuit, elles font comme moi à l’époque et vont dans les boîtes de nuit car les entrées sont souvent gratuites pour les filles », énumère Élina Dumont. « Les femmes sont peut-être plus créatives que les hommes pour se cacher, ou alors les hommes se sentent moins en danger que les femmes dans la rue et n’éprouvent pas le besoin de se cacher », avance encore la chargée de mission.

 

Ces femmes travaillent

 

Élina Dumont le reconnaît aussi d’emblée : « La société a plus d’empathie pour les femmes que pour les hommes. » En d’autres termes : en général, les femmes à la rue vont recevoir spontanément plus d’aide que les hommes. « On fait plus confiance à une femme. L’homme représente le danger sexuel, l’agression. Quand j’étais sans-abri, combien de fois on m’a proposé des baby-sittings, des ménages, des jobs. On ne le proposait pas à mes petits copains de la rue qui étaient par ailleurs peut-être aussi gentils que moi », confie la comédienne.

 

« Les hommes ouvrent plus facilement la porte aux femmes que des femmes vont ouvrir la porte aux hommes. Souvent contre des services sexuels mais quand tu es à la rue, tant que le monsieur est gentil, tu acceptes », souffle la comédienne qui connaît d’autres femmes qui ont préféré se mettre en couple voire épouser des hommes qu’elles n’aimaient pas pour s’en sortir.

 

« Est-ce que tu peux raconter tout ça ? », s’interroge-t-elle. « Cela veut dire qu’on est toute des salopes ? C’est une réalité. C’est horrible, j’aimerai te raconter autre chose », ajoute la comédienne, consciente de la complexité de la situation des femmes à la rue et des dilemmes auxquels elles doivent faire face pour survivre… tout en restant invisibles.

    Arièle Bonte

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