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Sandrine, Françoise, Petra : elles sont mortes dans la rue

L’exposition aux violences, les addictions et le manque d’accès aux soins sont autant de facteurs qui réduisent, de manière considérable, l’espérance de vie des femmes sans domicile.

 

Elles s’appelaient Sandrine, Françoise, Aurélia, Martine, Petra. Toutes ces femmes étaient sans domicile et sont décédées dans la rue en 2020. Si on connaît leur nom et, parfois, leur histoire, c’est grâce au Collectif des Morts de la Rue. Ce dernier publie les prénoms, noms, âges, lieux de vie, circonstances de mort des hommes et des femmes SDF décédées durant l’année. Parfois, il manque certaines données. On ne connaît qu’un prénom ou un surnom, le passé reste inconnu et les circonstances de la mort incertaines. Si la majorité des personnes sans domicile qui décèdent chaque année en France sont des hommes, une poignée de femmes succombent elles aussi à l’extrême précarité qu’entraîne une vie sans logis.

 

Dans son étude sur la mortalité des personnes sans domicile en 2019, le Collectif des Morts de la Rue, a dénombré 659 décès dont 48 femmes, soit 9% du total des décès recensés. « 33% d’entre elles étaient en situation de rue, 35% en hébergement. » Pour les quinze autres personnes restantes, « il n’a pas été possible de préciser cette information », note le collectif. Les données de 2020 sont encore à l’étude mais le collectif dénombre 535 personnes SDF mortes. Parmi elles, il y a par exemple Houria, une dame décédée le 17 octobre dans le 17ème arrondissement de Paris. « De ces 71 années passées, nous ne savons que peu de choses sur ce que Houria a fait, vécu, subi et aimé », écrit le collectif dans un billet pour lui rendre hommage. « Elle serait Kabyle et aurait travaillé dans, voir tenu, un salon de coiffure à Oran. »

 

Plus récemment, le collectif a également partagé le portrait de Jemaa, décédée le 2 février dernier à Porte de Clichy, sous le périphérique. Là encore, les informations sont maigres mais permettent de dresser le profil d’une femme « petite et ronde, brune et séduisante », d’origines marocaines et « à la voix d’une extrême douceur ».

 

Une espérance de vie de 51 ans

 

L’association pour la santé des femmes (ADSF) rapporte de son côté un seul décès parmi les femmes qu’elle accompagne, depuis ses trois années d’activité en Île-de-France. De cette personne, Marie Chatagnon, coordinatrice opérationnelle de l’ADSF, raconte qu’elle était « âgée d’une cinquantaine d’années et dans la rue depuis longtemps. » Plusieurs associations « travaillaient autour d’elle » pour tenter de l’aider. Son identité, son histoire, les causes de son décès, l’association l’ignore.

 

Comme cette inconnue, les femmes qui meurent dans la rue avaient, en moyenne, 51 ans en 2019, selon le Collectif des morts de la rue. Leur espérance de vie est alors très inférieure à celle de la population générale en France pour la même période qui est, rappelle le collectif, de 83 ans. Les causes de ces décès prématurés sont alors multiples mais renvoient toutes aux conditions de vie très précaires qu’offre la rue.

 

Violences, addictions, accès aux soins restraints

Marie Chatagnon précise par exemple que plus de 80% d’entre elles ont subi ou subissent encore des violences et la majorité n’a pas ouvert ses droits. Or, l’ouverture de ses droits est la première étape à franchir pour pouvoir bénéficier, ensuite, d’un accès aux soins. Encore faut-il comprendre à qui il faut s’adresser, vers qui se tourner en cas de maladies ou de problèmes gynécologiques, par exemple.

 

Mais la difficulté des démarches administratives n’est pas le seul « facteur bloquant » de l’accès aux soins pouvant entraîner ensuite des problèmes de santé plus graves, voire mortelles, détaille Marie Chatagnon. La langue en est un autre : « Quand vous ne parlez pas français, il n’est pas simple de comprendre tous les rouages administratifs, tout comme les lieux de vie tels que les hôtels sociaux, « éloignés des dispositifs de soin », ajoute-t-elle.

 

De manière générale, Marie Chatagnon raconte que les femmes, notamment celles qui ont des enfants, attendent le dernier moment pour appeler les secours. « La santé ne va pas être leur priorité parce qu’il y a tellement de choses qui se jouent avant de s’occuper de leur santé physique et mentale : se loger, manger, s’occuper des enfants quand il y en a… Leur santé est relayée loin derrière. Si elles n’ont pas un problème urgent à traiter, si vous n’allez pas vers elles, elles vont retarder le moment d’une prise en charge pour être soignée. » Or, on le sait, une maladie, même minime, peut vite s’aggraver si elle n’est pas traitée à temps. C’est le cas par exemple des infections urinaires auxquelles les femmes de la rue sont fortement exposées du fait de la précarité menstruelle. « Une mycose non-traitée peut devenir très désagréable, se transformer en salpingite et cela peut devenir très dangereux », explique Isabelle Colin, de l’association Féminité Sans Abri.

 

D’autres femmes sont également exposées à d’autres problématiques : elles souffrent par exemple d’addiction à l’alcool ou à des produits stupéfiants, ce qui les expose davantage à des overdoses ou à des accidents.

 

Repérer et accompagner sur le terrain : une nécessité

 

Les données et le recul sur les décès des femmes dans la rue sont encore insuffisants pour permettre de dégager des analyses approfondies mais le Collectif des Morts de la Rue rapporte que les décès des femmes sans domicile en 2019 était liée à des causes externes dans 21% des cas « comme des intoxication, overdose, accident, violences conjugales, suicide ». Une distribution « comparable à celle observée chez les hommes », précise encore le collectif dans son rapport.

 

Pour empêcher ses morts, il est donc essentiel d’aller à la rencontre des femmes, comme le fait par exemple l’ASDF. Sur le terrain, des équipes mobiles composées de professionnelles médicales, majoritairement des sages-femmes et psychologues cliniciennes, repèrent ces publics fragiles et précaires afin de les accompagner et de les orienter vers un accès aux soins. Car les femmes continuent de mourir dans la rue. Vanessa et Valentine nous ont quittées le 6 janvier dernier, à Paris, à l’âge de 42 et 51 ans, deux autres femmes sont également mortes à 55 ans le 28 janvier dernier à Écully (69) et à 45 ans le 1er février à Mantes-la-Jolie (78).

    Arièle Bonte

    Marie Rouge

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