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#PourEux, une lutte citoyenne contre-la-montre

Un concept simple : des citoyennes et citoyens préparent des paniers de courses, d’autres les livrent à vélo aux personnes sans-abris. #PourEux apparaît au printemps 2020, à l’aube d’un premier confinement qui va geler le pays tout entier et fragiliser davantage encore les personnes les plus démunies. L’initiative d’un groupe de potes lyonnais est devenue, huit mois plus tard, l’un des plus importants mouvements citoyen jamais connu en France.

 

#PourEux, c’est aujourd’hui 4000 coursiers et coursières bénévoles qui arpentent jour et nuit les grandes métropoles de l’hexagone, et déjà un total de 90.000 panier-repas délivrés. Cette ascension fulgurante va de paire avec l’augmentation de la pauvreté en France. « Les personnes sans-abris que nous croisons au quotidien dans les rues ne représentent que la partie émergée de l’iceberg, mais la majorité d’entre eux vit à l’ombre, à l’écart de la société », explique l’un des fondateurs du mouvement. « C’est à ceux-là que nous devons consacrer le plus gros de nos efforts. On ne mesure pas encore l’ampleur du désastre de la pandémie. Les futurs sans-abris sont déjà nés, mais n’ont pas encore tout à fait conscience de leur précarité. Ceux-là n’arriveront sur le “tarmac” que d’ici un ou deux ans. »

 

Démocratiser le sans-abrisme

La crise sanitaire, en dépit de tout ce qu’elle a anéanti, a au moins eu le mérite de provoquer un véritable sursaut citoyen dans les chaumières. « 70% des gens qui œuvrent pour le mouvement, à vélo ou de leur cuisine, n’ont jamais touché de près ou de loin aux sans-abris », confie le cofondateur. Ce qui a convaincu ces milliers de citoyennes et citoyens à rejoindre #PourEux, c’est probablement sa rapidité d’exécution, sa facilité d’accès et son absence de contrainte. Car toute la force du mouvement réside dans sa spontanéité. Là où l’État et les grands organismes de solidarité se perdent en débats protocolaires sans fin, #PourEux privilégie l’action directe, sans concertation préalable. La plateforme du mouvement est en open source : simple d’utilisation, accessible à tous et à toutes et ouverte au partage. “Avec #PourEux, tout à chacun peut lutter contre la pauvreté en fonction de ses propres moyens, selon différents degrés d’investissement” explique l’un des membres. Il suffit pour ça de préparer un panier, et de le signaler à la communauté en remplissant un formulaire sur le net. Un coursier bénévole récupère ledit paquet à la porte du donneur ou de la donneuse et l’achemine jusqu’à une femme ou homme dans le besoin, tout en respectant des mesures sanitaires drastiques. C’est simple comme dire bonjour à une personne sans-abri.

 

Industrialisation humaine

 

Initialement composés de plats mijotés maison, les paniers englobent aujourd’hui un éventail de denrées, allant des vêtements aux produits hygiéniques, en passant par les fournitures animalières. Face à l’arrivée massive de nouvelles compétences au sein de la communauté, le mouvement a pris une dimension qui dépasse désormais largement sa fonction originelle de livraison alimentaire. Les services proposés se sont diversifiés et les coursières et les coursiers, pour certains d’entre eux, sont devenus de véritables acteurs sociaux : « On est maintenant capables de conseiller les sans-abris dans leurs démarches administratives », rapporte le cofondateur. « On les aide à former des dossiers complets, d’autres citoyens les font remonter aux institutions compétentes, et deux semaines plus tard, ces gens reçoivent leur carte vitale ou leur titre de séjour. Si vous saviez tout ce qu’on peut faire avec de la volonté et une connexion internet ! » Ce qui peut paraître simple au quidam bien inséré socialement et professionnellement ne l’est pas au yeux d’une personne marginale. Dans certains cas « accorder dix minutes de conseils à un sans-abri revient à lui faire gagner un an de procédure. »

Victoire citoyenne

#PourEux, c’est la victoire de la méritocratie et de l’action citoyenne, mais surtout, la preuve évidente qu’il est possible d’entreprendre à son humble mesure, « sans un costard ou background universitaire », et d’avoir un impact social concret en faisant des choses simples, et peu coûteuses. Et d’y trouver un certain épanouissement : « Un bénévole du mouvement est allé se confiner à Hendaye, et tous les soirs, malgré les restrictions, il sort dans la rue pour aller causer aux sans-abris. Pour lui, c’est même devenu une nécessité », raconte le cofondateur. #PourEux, c’est aussi la révélation chez certaines et certains d’une vocation humanitaire qu’ils ne s’étaient jamais soupçonnée. Au- delà des volontaires chevronnés qui ont rejoint le mouvement dès le départ, le panel des bénévoles s’est considérablement élargi.

 

Enfants, étudiantes, entrepreneurs, avocates, cuisiniers professionnels consacrent désormais une partie de leur temps libre à la cause du sans-abrisme. Toutes et tous sont conscients de l’urgence sociale qui menace aujourd’hui la société, alors que la France comptabilise 300.000 sans-abris, et 659 décès dans la rue sur l’année 2019. Au bas mot.

 

« Agir vite, sans perdre de salive en débats superflus », telle est la philosophie du mouvement, car dehors, le froid sévit et la faim n’attend pas.

    Edgar Sabatier

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