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Pilule, implant ou stérilet : quelle contraception pour les femmes SDF ?

Dans la rue, plus d’une femme sur deux n’a aucun moyen de contraception. Quand elles sont identifiées, ces femmes sans domicile sont alors informées et orientées vers différentes méthodes pour leur permettre de choisir celle qui leur correspond le mieux. C’est notamment le travail de Véronique Boulinguez, sage-femme du service de la Protection maternelle infantile de Paris.

 

Si 90% des Françaises possèdent un moyen de contraception, les femmes qui vivent dans la rue, sur notre territoire, ne bénéficient pas des mêmes opportunités. Les études manquent sur le sujet mais les associations présentes sur le terrain rapportent plus au moins les mêmes chiffres. L’ADSF (association pour la santé des femmes), qui maraude régulièrement sur le terrain, constate qu’en moyenne, « c’est une femme sur deux […] qui ne possèdent pas de moyen contraceptif. » Dans le rapport 2020 de son « Observatoire de l’accès aux droits et aux soins », Médecins du monde estime de son côté que 62% des femmes en âge de procréer n’ont pas recours à la contraception. L’ONG médicale précise ainsi : « En matière de planification familiale, la contraception parmi les femmes de 15 à 49 ans reçues au Caso (centre d’accès aux soins et d’orientation, ndlr.) est peu fréquente puisque seules 11,1 % en ont déclaré une. »

 

Véronique Boulinguez est sage-femme au service de la Protection maternelle infantile (PMI) de Paris. Nous l’avons rencontrée dans un centre espace solidarité et insertion Famille d’Emmaüs Solidarité, un lieu d’accueil de jour pour des familles et femmes enceintes. Dans l’espace de vie, la sage-femme repère les nouvelles arrivantes et leur propose une consultation pour échanger sur leur suivi de grossesse et post-accouchement. « Ma mission consiste à me déplacer et à aller à la rencontre de ce public fragile, vivant à la rue », expliquait Véronique Boulinguez à l’Humanité. « Ces personnes bougent sans cesse d’un jour à l’autre. Elles ne connaissent pas notre système de soins. La PMI est un maillon qui permet de lutter contre ces vulnérabilités. Par leur grossesse, les femmes enceintes vont avoir accès aux soins, mais aussi au droit commun, et permettre à leur famille d’y accéder également. »

Des méthodes adaptées

 

Concernant la contraception, la sage-femme explique qu’en consultation, elle aborde ce sujet « systématiquement » et tente de trouver, avec les femmes qu’elle rencontre, la méthode la plus adaptée à leur situation. Ce qui n’est pas toujours le cas.

 

« La pilule quand on est dans la rue est un moyen contraceptif compliqué, d’autant plus s’il s’agit d’un micro-dosage qu’il faut prendre à heure fixe », explique-t-elle. « En général, on va plutôt orienter les femmes, si elles sont d’accord, vers le choix d’un implant ou d’un stérilet. Ces méthodes ne demandent pas une prise quotidienne, sont un peu plus simples mais nécessitent en revanche des explications pour que les femmes adhèrent au dispositif proposé. »

 

Dans son rapport annuel, Médecins du monde indique que seules 7,1% des femmes n’ayant pas de moyen contraceptif en souhaiteraient un, « laissant supposer ainsi un manque de connaissance » du sujet. Véronique Boulinguez déclare militer de son côté pour une mise à disposition de préservatifs dans tous les lieux d’accueil et ajoute qu’il « faudrait organiser des réunions d’information » pour sensibiliser sur le sujet.

 

Des méthodes adoptées

 

Sur le terrain, la sage-femme du service PMI de Paris confirme ce manque de connaissance. Il s’explique car la plupart des femmes ayant recours à ce service sont issues de l’immigration : « Dans leur pays d’origine, ce ne sont pas des choses qui se pratiquent forcément, il n’y a pas beaucoup de spécialistes. C’est toujours surprenant de voir la réaction des femmes quand on leur demande si elles disposent d’un moyen de contraception. Elles nous regardent avec des yeux écarquillés, bien souvent elles ne savent pas ce dont il s’agit et quand on leur explique, elles sont souvent partantes. »

 

Mais la sage-femme de la PMI insiste bien sur le fait que les femmes doivent adhérer au moyen contraceptif, auquel cas, ce dernier ne sera pas suivi, la prise de la pilule oubliée, l’implant ou le stérilet sera demandé à être enlevé. Il n’est pas rare que Véronique Boulinguez doivent faire preuve de pédagogie à l’intention d’une femme qui veut se faire retirer un implant par exemple.

 

« J’ai vu une femme il y a quelques jours qui voulait faire enlever son implant parce qu’elle n’avait plus ses règles. Ce n’est pas une demande anecdotique car pour de nombreuses femmes, les règles sont là pour nettoyer le corps, il faut donc leur expliquer pourquoi, quand on met un implant, on ne les a plus. En maternité, on influence beaucoup sur la pose de l’implant mais si cela n’a pas été choisi par la femme, trois ou quatre mois plus tard, elle va demander à le faire enlever. »

La docteure Valérie Ledour, responsable santé sexuelle et reproductive du service de PMI de Paris détaille également : « On met beaucoup en avant le confort du sans règles mais il faut, encore plus que pour les autres, déconstruire leurs représentations que toutes les femmes ont des menstruations. On s’attache à retrouver ce qui est le plus confortable pour elles et le stérilet en cuivre, par exemple, qui donne des règles abondantes est à éviter. » Qu’advient-il si une femme demande quand même ce moyen au détriment d’un autre ? Il lui sera bien entendu attribué. La responsable tient à rappeler que, « comme pour n’importe quelle femme, il s’agit de leur choix de vie, leur projet de vie ». Il est donc « important qu’elles adhèrent à ce qu’elles vont faire » mais, aussi, que le personnel de santé accepte également « la non-adhésion à la contraception » de la part de certaines femmes. « En particulier, celles où il n’y a pas d’accord pour demande d’asile : leur seule façon de rester en France est d’avoir un enfant sur le sol français. »

 

Car la mission principale de ces professionnelles de santé reste de répondre aux besoins et demandes des femmes. Le confort du « sans règles » est un argument parmi d’autres pour répondre aux difficultés de la vie dans la rue où les conditions d’hygiène sont difficiles, voire inexistantes. D’autant plus que la précarité menstruelle est un fléau chez ce public précaire et que les répercussions sur la santé sexuelle, physique et mentale de ces femmes peuvent être lourdes.

 

Accompagner et orienter

 

Le rôle des sages-femmes de terrain comme Véronique Boulinguez est essentiel pour ces femmes qui vivent dans la rue. La plupart d’entre elles sont des femmes originaires d’Afrique de l’Ouest, ayant emprunté un long voyage migratoire vers la France. Elles ne connaissent alors pas leurs droits ni les structures qui peuvent les accompagner. Véronique Boulinguez est là pour les orienter.

 

« Je suis assez surprise de voir que les femmes orientées vers les centres de planification se saisissent de ces propositions et s’y rendent. Quand on leur explique qu’avec ou sans couverture sociale il est possible de se faire poser un stérilet ou un implant, c’est un détail non négligeable pour elles. »

 

Car au-delà de la contraception, la santé sexuelle des femmes sans domicile est un sujet qui touche à d’autres problématiques telles que le risque accru d’être exposées à des maladies et infections sexuellement transmissibles, le retard de suivi de grossesse, ou encore l’accès à une interruption volontaire de grossesse.

    Arièle Bonte

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