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Michel Pouzol, aux portes de la rue

Ancien député de l’Essonne, Michel Pouzol a connu les galères, la précarité, les petits boulots mal payés. Aujourd’hui sorti d’affaires, il milite aux côtés du mouvement Génération.s, fondé par son mentor et ami, Benoît Hamon, pour le revenu universel d’existence. Un moyen, dit-il, d’éradiquer la misère en France.

 

 

« La pauvreté est un gâchis de richesse humaine. » Nommé conseiller technique du maire d’Alfortville depuis septembre 2020, Michel Pouzol se présente comme un « couteau suisse ». Transition durable, culture, sport, vie associative, exclusion et pauvreté sont les domaines sur lesquels travaille aujourd’hui le porte-parole de Génération.s. Son cheval de bataille, auprès du mouvement politique fondé par Benoît Hamon : la création d’un revenu universel d’existence.

 

Cet engagement, cet ancien député le porte depuis plusieurs années. Grâce à ses rencontres politiques, son travail sur le terrain, mais aussi parce que la précarité, l’homme l’a connue avec sa famille au début des années 2000. Sorti d’affaire, Michel Pouzol raconte volontiers son histoire lors de conférences, dans les médias et dans un livre, Député pour que ça change, publié en 2013, aux éditions Le Cherche-Midi. C’est à travers son parcours que l’on comprend son engagement actuel mais aussi et surtout, que l’on peut illustrer la nécessité pour l’État français de réformer une grande partie de son système d’aides sociales actuel. « Une fabrique à exclus », dénonce même l’homme.

 

Contre le déterminisme social

 

« J’ai jamais fait très attention à cela, mais j’ai toujours vécu dans la précarité », raconte d’emblée Michel Pouzol. Fin orateur, celui qui nous reçoit dans son bureau à la mairie d’Alfortville a l’habitude de raconter son histoire mais n’apparaît en rien lassé par l’exercice. Fils d’une mère et d’un père tous les deux ouvriers chez Michelin, Michel Pouzol a grandi à Clermont-Ferrand dans « une cité ouvrière, puis en HLM ». Très tôt, le cinquantenaire raconte s’être engagé en politique, « à l’âge de 14 ans », auprès de la jeunesse ouvrière chrétienne. « Devant l’église de la paroisse, une statue de Jésus avec des outils de charpentier avait été installée et le dimanche, la prière était destinée aux ouvriers qui faisaient grève », s’amuse aujourd’hui le conseiller technique, qui ne manque pas d’anecdotes pour rythmer son récit. Après un bref passage au parti communiste, l’homme politique se souvient par exemple qu’en cours d’histoire de seconde au lycée hôtelier de Clermont-Ferrand, sa professeure demande à l’assemblée : « Qu’est-ce qui fait avancer l’histoire ? » Le lycéen rétorque alors : « La lutte des classes ! » sous les regards ébahis de ses camarades. Après l’obtention de son bac, le jeune Michel refuse de suivre « le déterminisme social ». Il ne veut pas devenir prof. « Je voulais faire du cinéma, du journalisme ! », se souvient-il.

Nous sommes dans les années 80, celle de la « génération des radios libres ». À 19 ans, l’Auvergnat obtient un poste d’animateur dans une station locale. Payé pour parler dans un micro, il arrête les études. Mais le rêve est de courte durée. « La radio a fermé et je me suis retrouvé au chômage. » Un copain lui conseille de s’installer à Paris pour retrouver une activité. Michel Pouzol s’exécute et retrouve un job d’animateur radio. « Un statut toujours assez précaire » que le Clermontois arrive à gérer en écrivant des articles pour différents médias. Il gagne même suffisamment d’argent pour se payer des cours de théâtre et écrit, sur son temps libre, des scénarios. « Un jour, j’ai déposé un dossier au Centre national du cinéma sans trop y croire et, contre toute attente, j’ai obtenu des aides pour financer mon premier court-métrage, intitulé Barbès La Nuit. »

 

La petite maison dans la précarité

 

Ici encore, le passionné est rattrapé par les réalités économiques de son nouveau métier et les difficultés ne sont jamais bien loin. « Les médias pour lesquels je travaillais ont fermé. Alors je faisais des petits boulots entre chaque film et, petit à petit, je suis devenu intermittent du spectacle. » De temps en temps, entre les périodes de vaches maigres, « un gros chèque tombait » et rassurait les banques. Michel Pouzol poursuit alors son rêve de cinéma et a le projet de réaliser un premier long métrage. « Les financements n’arrivaient pas. C’était devenu de plus en plus dur », se souvient l’homme qui rencontre à cette même période, Alex, devenue ensuite son épouse. Déjà mère de deux jeunes enfants, elle aussi vit dans la précarité. « D’une seule personne en galère, on est passé à quatre ! » Un jour, les finances du réalisateur sont au plus bas et la banque décide de tout couper. « Alors vous payez de votre poche et à un moment vous n’avez plus rien. » Surendetté, le couple n’a qu’une solution : quitter le domicile familial et s’installer avec les enfants, dans un cabanon, situé à Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne. La famille d’Alex avait l’habitude de s’y trouver pour des fêtes durant les beaux jours. « C’était un endroit étrange », décrit Michel Pouzol. En bordure de route, entre de jolis pavillons et d’autres constructions précaires.

 

En ruine, pas habitable, sans isolation, Michel et Alex bricolent une petite salle de bain dans ce cabanon de vingt-deux mètres carrés. « On se disait que c’était mieux que d’être à la rue. » Les enfants de leur côté, sont ravies de l’expérience. « C’était la petite maison de la prairie pour eux, on était tous les quatre, avec le chien, le terrain… » Le lendemain de leur arrivée, Alex annonce à son compagnon qu’elle est enceinte de leur premier enfant. « C’était très compliqué », confie, l’homme, pudique, avant d’ajouter : « Le moment le plus dur de ma vie m’a amené à ma plus belle merveille. »

 

Car dans le cabanon, la vie n’est pas simple. Un jour, le chauffage lâche et, sans revenu, Michel Pouzol ne peut se permettre d’en acheter un nouveau. En plein hiver, la température intérieure ne dépasse alors pas les 5 degrés. « Je le raconte souvent mais c’est la température d’un réfrigérateur. Un matin, il faisait même tellement froid que la couette de mon fils avait gelé sur la fenêtre. » Lever les enfants pour aller à l’école reste indispensable. « On savait qu’ils seraient au chaud, qu’ils auraient à manger. » Une amie leur assure l’inscription à des activités sportives. La journée, le futur député bataille pour obtenir le RMI. Il finit par fondre en larmes devant le guichet de la CAF qui débloque enfin son dossier, après plusieurs mois d’attente, et enchaîne les petits boulots dans la distribution, dans l’animation et le merchandising. Ce qu’il appelle aujourd’hui « le sous-prolétariat moderne », un monde dans lequel il n’y a pas de place ni pour le non, ni pour la négociation.

 

C’est dans ces conditions très précaires que naît la fille cadette du couple. « Un bébé solaire et très souriant », se souvient son père, déterminé alors à ne pas faire subir à l’ensemble de sa famille un deuxième hiver dans cet « enfer absolu ». Suivie par une assistante sociale, la petite famille est ensuite aidée par l’association Solidarité nouvelle pour le logement. Cette dernière trouve une maison à Brétigny « avec un étage et le chauffage », souligne le père de famille. Deux semaines après l’emménagement, Michel Pouzol est engagé par Sony pour des petits boulots dans l’animation et la formation. Sa situation professionnelle devient ainsi un peu plus stable que ses précédentes expériences. « On commençait à s’en sortir, on revenait dans la normalité. » Une normalité au goût de la simplicité qui va être à nouveau bouleversée, non pas par des détails financiers, mais par une entrée incongrue dans le grand monde de la politique française.

 

Un biker ringard en campagne

 

Un jour, Michel Pouzol et son épouse croisent des parents d’élèves qui tractent pour Ségolène Royal, alors candidate pour le parti socialiste à l’élection présidentielle. « Pour me débarrasser d’eux, je leur ai laissé mon mail. » Intéressée par le sujet, Alex convainc son époux de se rendre à un meeting du PS. « Je suis arrivé en retard et là, j’ai vu sur scène un mec drôle, brillant, très à gauche ». François Hollande. Touché par ce qu’il a entendu ce soir-là, le couple Pouzol décide, dès le lendemain, d’adhérer au PS, de soutenir Ségolène Royal et, surtout, de s’engager en campagne contre Nicolas Sarkozy. C’est un échec. Mais pour Michel Pouzol, une autre étape importante de son parcours est en train de se jouer.

 

Lors d’une réunion de section avec d’autres membres du PS, il décide de raconter son quotidien, les fins de mois difficiles, la vie en HLM, les petits boulots pour joindre les deux bouts. « De tout ce que j’ai fait dans ma vie, ça a été le plus dur. » À la fin de la réunion, un certain Benoît Hamon l’approche. Bouleversé par ses qualités d’orateur et la force de son histoire, ce dernier lui propose de se porter candidat au poste de conseiller général de l’Essonne. « À l’époque, j’avais les cheveux aux épaules, je portais des jeans déchirés, j’avais un look de biker ringard, pas celui d’un homme politique ». Qu’importe, l’homme accepte de se lancer. Mais Michel Pouzol se rend rapidement compte qu’il ne peut pas se porter candidat. À cause de son surendettement, il est impossible, pour lui, d’emprunter de l’argent pour financer les frais de campagne. « J’étais fou de rage de ne pas pouvoir me présenter pour des raisons financières. » Heureusement, son nouvel ami, Benoît Hamon, lui vient en aide et lui rappelle « qu’il n’y a pas que les banques qui peuvent prêter ».

Grâce à ce nouveau coup de pouce, l’aspirant politicien est à nouveau sur le front des élections. Inconnu au bataillon, il est, dit-il, malmené par des membres de son propre camp qui font tout pour le faire abandonner. « Un délit de sale gueule », dénonce l’intéressé. « J’avais pas le bon look mais j’ai pris la campagne au sérieux et je suis allé jusqu’au bout. » Son premier tract, il le bricole avec son épouse au photomaton. « C’était un peu les Pieds nickelés font de la politique », s’amuse aujourd’hui l’ancien conseiller général, « mais deux jours plus tard, on distribuait nos tracts devant la gare. »

 

Un érémiste à l’Assemblée

 

Tous les matins, c’est le même rituel. Michel Pouzol tracte pour faire campagne. Personne n’y croit. Pourtant, il remporte les suffrages et le voilà admis à la grande table des élus de l’Essonne. La première fois qu’il y prend la parole, l’ancien conseiller se souvient de son discours. « J’ai remercié le conseil général pour ses aides sociales parce que j’en avais bénéficié de toutes. » Le ton est posé et le statut d’outsider de la politique colle désormais à la peau du nouvel élu. Pourtant, ce dernier cultive bientôt d’autres ambitions. En 2012, Michel Pouzol vise désormais l’Assemblée nationale, encore une fois porté par son ami Benoît Hamon. « Benoît a décidé de partir de l’Essonne pour Trappes et m’a dit de prendre la circonscription. » La suite on la connaît : Michel Pouzol est élu député et, le soir de son élection, il marque les esprits avec son discours pronocé devant 400 personnes : « Aujourd’hui, grâce à vous, c’est un RMisteérémiste, un intermittent, un précaire, un chômeur, un fils d’ouvriers, un homme du peuple, qui entre à l’Assemblée nationale. »

 

Les semaines suivantes, on le voit dans tous les médias. « J’étais devenu un phénomène de foire. » Alors pour ne pas devenir « le député des pauvres », il entre dans la commission des affaires culturelles et retrouve sur les bancs de l’Assemblée, Benoît Hamon, son mentor, ainsi que Danielle Auroi, sa professeure d’histoire de seconde au lycée de Clermont-Ferrand. « Symboliquement, c’était incroyable ! », s’exclame encore aujourd’hui son ancien élève, fier de sa réussite.

 

Invité dans des débats sur la précarité et l’exclusion, l’homme politique se lasse des médias. Son entourage lui conseille d’écrire un livre quand, au même moment, plusieurs maisons d’édition l’approchent également. Pendant six mois, Michel Pouzol a son rituel : à 18h, il s’installe dans un café proche de l’Assemblée nationale et écrit, une cigare à la main. « Quand le bouquin est sorti, rebelote dans les médias. J’étais devenu un symbole. » L’homme le comprend quand, au contact d’hommes et de femmes qui l’abordent dans la rue ou lors d’événements, il apprend que son parcours « redonne espoir » à celles et ceux qui n’ont pas de domicile. « À ce moment-là, je me suis dit que je n’avais pas le choix : il fallait que je continue à témoigner. »

 

Un homme plein d’espoir

 

De ses années de député, Michel Pouzol est fier d’avoir travaillé sur plusieurs projets tels que la protection du secret des sources des journalistes ou encore sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques. « Ce que j’ai appris en tant que député, c’est aussi comment ces gens », c’est-à-dire les décideurs politiques, « pensent ». Au fur et à mesure, il porte un regard amer sur la gauche, face au constat des priorités de Bercy : « faire des économies sur les plus pauvres. » Lui de son côté, assure être toujours le même père de famille du cabanon, celui qui « prend ses vacances chaque année, dans le même camping, dans la même caravane, avec les mêmes voisins. » Aujourd’hui il vit dans une « grande maison » mais il n’est pas propriétaire. Il a connu des périodes de chômage et même s’il a remboursé ses dettes, il n’a « pas de parachute, pas d’économie ». La fragilité, encore.

 

Alors voilà pourquoi Michel Pouzol croit très fort au revenu universel d’existence. « Si, avec mon épouse, on avait eu 750 euros par mois chacun, on n’aurait peut-être pas vécu pareil », explique le porte-parole du mouvement Génération.s avant d’ajouter : « Je reste persuadé qu’on peut éradiquer la misère mais pour cela, il faut réformer le système, donner à la jeunesse des outils d’autonomisation et appliquer une politique du logement d’abord pour les personnes sans domicile. » SDF justement, Michel Pouzol l’a été qualifié à de nombreuses reprises dans les médias. Mais ce dernier rappelle qu’il ne l’a jamais été. « C’est un manque de respect pour les gens dans la rue. On était à la marche juste au-dessus, mais on avait une adresse, un toit et un lit dans lequel dormir. » Cela n’a pas empêché l’homme de se sentir, à 40 ans, « brisé » puis, dix ans plus tard, au moment de son élection à l’Assemblée nationale, « plein d’espoir ». C’est pour cela que Michel Pouzol continue de raconter son histoire.

    Arièle Bonte

    Marie Rouge

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