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Le chien, meilleur ami des sans-abris ?

IDÉE REÇUE — Certaines personnes sans-abris aiment la compagnie des canidés. À tel point qu’un terme spécifique leur colle à la peau : les punks à chien. Les raisons de cet attachement sont sources de suppositions farfelues : « C’est pour éviter d’être arrêté par la police », « pour gagner plus d’argent à la manche », « pour faire peur aux gens »… Autant d’arguments pour refuser à ces personnes le droit de s’occuper de leur animal.

 

Une vieille dame s’arrête. Elle fouille dans son portefeuille jusqu’à extirper une pièce d’un euro, qu’elle glisse dans un béret retourné avant de préciser : « C’est pour le chien ». Ana ne s’en plaint pas. À près de 50 euros par mois, l’alimentation d’un chien « coûte cher ». Gibbus, à ses pieds, ne moufte pas. Etouffé par la chaleur, le russel terrier tente tant bien que mal de trouver de l’ombre alors que le soleil se trouve à son zénith.

 

« Il est vrai que le fait d’avoir un animal facilite la manche », admet Yohann Severe, président et fondateur de l’association Gamelles Pleines, mais dans la balance, finalement, il est loin de compenser le prix que coûte cet animal ». Entre les soins vétérinaires, la nourriture, et le matériel nécessaire à son bien-être, un chien peut coûter plusieurs centaines d’euros par an. Le temps passé à faire la manche ne suffit pas à récolter une telle somme.

 

Une fonction affective

 

Pour nombre de personnes sans-abris, la priorité est le bien-être de leur animal. « Il m’arrive de me priver pour donner à manger à mon chien », raconte Ana. Pour ceux que l’on appelle de manière péjorative les « punks à chiens », l’animal remplit avant tout une fonction affective, que l’homme ne réussit pas toujours à combler.

 

Ana pense qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants parce qu’il lui manque un ovaire, alors pour elle, ses chiens se sont un peu ses « bébés ». La nuit, elle les laisse dormir dans sa tente, avec son compagnon et elle. Ils se réchauffent mutuellement, se protègent aussi. Parce que dans le monde de la rue, les agressions et les vols sont fréquents.

 

« Les bienfaits de l’animal sont énormes. C’est une famille que l’on reconstruit », estime Yohann Severe. Son association, Gamelles Pleines, travaille en collaboration avec d’autres structures pour proposer des services adaptés pour les animaux lors des maraudes. « Certains viennent seulement pour leur animal. On passe par le chien pour atteindre le maître », explique Yohann Severe.

 

L’association propose également des services complémentaires, tel que l’accompagnement d’un éducateur canin. « Des cas de maltraitances classiques, je n’en ai vu qu’un seul en 12 ans », témoigne Yohann Severe. « En revanche, ce qu’on voit beaucoup, c’est de la maladresse. »

 

Certaines personnes sans-abris découvrent la relation avec un chien lorsqu’ils arrivent dans la rue. Appréhender cette nouvelle relation est parfois compliquée que ce soit parce que le chien est excité ou que le maître soit parfois bourru. « Ils ont très envie d’apprendre lorsqu’on travaille avec eux », poursuit Yohann Severe.

 

Une fonction socialisante

 

Outre la compagnie qu’il procure, le chien est également un sujet de conversation. « Ce sont des personnes désocialisées, ou tout du moins dont la socialisation est marginalisée. Dans ce contexte, le chien est quelque chose qui va permettre de créer du lien », constate Thibaut Besozzi, docteur en sociologie.

 

Malheureusement, les services à disposition pour les maîtres qui possèdent un chien sont réduits. L’accès au logement, entre autres, devient vite un parcours du combattant. Dans les centre d’hébergement d’urgence et de réinsertion (CHRS), les chambres ne sont pas aménagées pour l’accueil des chiens qui, bien souvent, doivent dormir à l’extérieur ou dans des chenils.

 

« Il est hors de question de me séparer de mes chiens », s’agace Ana face à cette éventualité. Elle est loin d’être la seule. Entre le logement et la compagnie de leurs chiens, les maîtres n’hésitent pas longtemps, quitte à continuer de vivre dans la rue.

 

En 2010, les restos du coeur ont ouvert le premier centre accessible avec un chien en France à Nantes. Bertrand I., assistant social à la maison Coluche de Nantes se souvient d’un cas qui l’avait touché : « C’était un homme qui était au plus bas et ce qui l’aidait à tenir, c’était le regard de son chien. Il se sentait responsable de son animal. » Après avoir été hébergé à Nantes, l’homme a obtenu un hébergement permanent. « On s’est vraiment appuyé sur le chien pour l’aider. Le chien a été une passerelle pour l’insertion. » Cependant, ces logements sont encore insuffisamment nombreux et ne sont pas une priorité face à la crise que traverse déjà les hébergements d’accueils.

    Isabelle Hautefeuille

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