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Héberger une personne sans-abri pendant le confinement

Clémence et Romy ont accueilli des personnes sans-domicile dans leur logement pendant le premier confinement. Alors qu’une partie de la population fuit de nouveau la ville pour se mettre au vert, pourquoi ne pas l’encourager à laisser leurs clés à celles et ceux qui n’ont pas de toit où se confiner ?

 

« Les seules personnes que j’avais à mes côtés pendant le premier confinement, c’était cette maman et son enfant de trois ans. Elle et il sont devenus ma famille temporaire et les liens persistent encore aujourd’hui. » Romy, 24 ans, a fait partie de ces Françaises et ces Français qui ont décidé d’accueillir dans leur foyer des personnes à la rue quand le gouvernement a décidé de confiner tout le monde chez soi.

 

Cette mère et son fils, Romy ne les connaissait pas avant qu’elle et il emménagent chez elle. « La mise en contact s’est faite grâce à Sarah Frikh, lanceuse d’alerte et fondatrice de l’association Réchauffons nos SDF », raconte Romy, qui venait tout juste, à l’époque, de quitter son petit studio parisien pour un appartement plus spacieux en banlieue. « Le confinement était sur le point d’être annoncé, je lui ai spontanément envoyé un message pour lui proposer d’héberger une femme enceinte ou avec enfant », poursuit-elle. Deux jours plus tard, « la maman et le bébé étaient à la gare pour que je puisse les accueillir chez moi », se souvient encore l’étudiante.

 

Mais n’allez pas croire que ces aménagements temporaires se font dans l’improvisation. « Sarah Frikh m’avait recommandée d’établir un délai, de faire attention à moi en me préservant et en préservant mon espace personnel », rapporte Romy qui avoue cependant avoir eu du mal à suivre ces conseils, du fait de son « jeune âge », dit-elle et de son manque d’expérience dans l’hébergement solidaire.

 

L’INDISPENSABLE ACCOMPAGNEMENT DES ASSOCIATIONS

 

Carmen Filitti, chargée de projet de Merci pour l’invit, dispositif d’hébergement de femmes sans-abris par des citoyens et citoyennes bénévoles, confirme l’importance de l’encadrement de la démarche.

 

« Nous devons effectuer un filtrage des femmes car les particuliers, qui ne sont pas des travailleuses ou travailleurs sociaux, ne doivent pas gérer des situations trop compliquées comme des personnes qui souffrent d’une addiction ou de troubles psychiatriques trop importants. »

 

Outre ce filtrage, les équipes de Merci pour l’invit assurent un « matching » entre les femmes hébergées et les personnes qui les hébergent. Une première rencontre est organisée afin d’assurer une bonne entente. « Pendant toute la durée de l’hébergement enfin, on veille toujours à son bon fonctionnement », assure également la chargée du projet dont le dispositif est pour l’instant implanté à Paris et à Bordeaux.

 

Mise en pause pendant le premier confinement, Merci pour l’invit prend un « chemin totalement inverse » en lançant ce vendredi 30 octobre une campagne d’appel en urgence pour héberger des femmes sans-abris pendant cette nouvelle période de confinement. « On a plus de demandes d’orientation que de possibilités d’hébergement », précise également Carmen Filitti, « on doit refuser énormément de femmes en situation de grandes difficultés ».

 

Face au record de bouchons en Île-de-France enregistré jeudi 29 octobre, de nombreux logements devraient se libérer dans la capitale avant la fin de la période de tolérance ce dimanche 1er novembre et donc avec, la possibilité pour des personnes de trouver refuge le temps du confinement.

DES INQUIÉTUDES QUI S’ÉVAPORENT

 

Et si les réticences peuvent se comprendre à l’idée d’accueillir ou de laisser son logement entier à une personne inconnue, Carmen Filitti assure qu’elles « s’évaporent assez vites et que ce sont souvent de très belles histoires qui se créent », comme celle de Guillaume et Valentine, un couple qui a témoigné de son expérience dans 18h39. Romy se souvient qu’il a peut-être fallu « une semaine » au duo pour s’apprivoiser.

 

« Les inquiétudes sont légitimes mais elles peuvent aussi relever parfois de fantasmes, en général racistes », estime de son côté Clémence qui a laissé les clés de son appartement pendant « toute la durée du premier confinement » à « une famille — avec un bébé et un enfant — suivie par une association d’accompagnement de migrants et de demandeurs d’asile ».

 

D’expérience, assure la trentenaire, il n’y a jamais eu de problème de squats, de dégradation ou de personnes qui ne voulaient pas partir une fois la durée de l’hébergement arrivée à terme. « Les personnes hébergées sont en détresse sociale et plutôt contentes d’avoir un logement. À partir du moment où tu dis que tu souhaites regagner les lieux, l’association prend le relais pour gérer un autre hébergement », détaille celle qui est habituée à ce type d’hébergement solidaire, notamment via l’association BAAM ! (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants).

 

La logistique est d’autant plus assez simple. « L’association s’occupe de la remise des clés, de transmettre les informations importantes concernant le logement et la vie de quartier », détaille encore celle pour « le fait de prêter son appartement est une manière très concrète, très aidante, et pas très compliquée ou chronophage à mettre en place d’être solidaire ». D’autant plus quand il s’agit de « personnes en situation irrégulière car à cette période, il est dangereux pour elles de ne pas pouvoir se déplacer », précise-t-elle.

 

RETROUVER L’AUTONOMIE

 

Pour Romy, la portée politique de son geste est tout aussi importante. « Héberger mon amie et son bébé m’a apporté de la joie au quotidien, mais aussi une grosse claque. Car je me suis rendu compte à quel point des citoyens et associations donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie mais que, plus haut, d’autres personnes ne prennent pas leurs responsabilités », dénonce l’étudiante qui avoue aussi s’être beaucoup impliquée émotionnellement.

 

« J’ai appris à mettre des limites en expliquant à mon amie et à son enfant qu’à un moment, il faudrait qu’elle et il soient stabilisés. L’hébergement solidaire peut être très positif mais il ne faut pas que cela dur trop longtemps car le principe reste de permettre à ces personnes de retrouver leur autonomie. »

 

Alors, si vous en avez les moyens, une chambre ou un logement entier libre pendant cette période, pensez à faire appel à Merci pour l’invit, au BAAM! ou encore à Singa. Vous permettrez ainsi à une ou plusieurs personnes dans le besoin de bénéficier d’un toit, tout en étant suivi pour la suite de ses démarches qu’elles soient d’ordre administrative, financière ou personnelle.

 

Quelques solutions

 

Merci pour l’invit’ est un dispositif d’hébergement de femmes sans-abris de l’association Solinum par des citoyens et citoyennes bénévoles pour une durée minimum de 2 semaines à maximum 1 an. Chaque femme hébergée dispose d’une chambre et est accompagnée par des professionnels du travail social. Le dispositif est déployé à Paris et à Bordeaux.

 

BAAM ! a été créé en novembre 2015 à l’initiative d’un groupe de soutiens solidaires, à la suite de l’évacuation du lycée Jean Quarré dans le 19e arrondissement de Paris. Spécialisé dans l’accompagnement des personnes en demande d’asile, le BAAM ! dispense des cours de français, organise des moments de rencontre et soutien les demandeurs d’asile et les statutaires dans leurs démarches du quotidien, notamment concernant le logement.

 

J’accueille est le dispositif de l’association Singa qui permet à des personnes réfugiées d’être mises en relation avec des particuliers souhaitant mettre à leur disposition une chambre, pour une durée de 3 à 12 mois.

    Arièle Bonte

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