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Hannah Green, le surf comme thérapie

À la suite d’événements traumatisants, Hannah Green devient sans-domicile. Des chambres chez l’habitant ou des foyers malfamés, l’Anglaise découvre la complexité du système de l’aide sociale. Celle qui s’en est sorti, raconte son parcours dans un livre : My Journey Home, paru aux éditions Cherish.

 

Rien ne prédestinait vraiment Hannah Green, 24 ans, à l’écriture. Tout est parti d’un tweet, publié le 3 février 2020 et dans lequel cette ancienne SDF partage sa fierté d’avoir posé ses valises dans son premier appartement. Après 403 jours « considérée comme sans domicile », précise-t-elle. Le message aurait pu tomber dans les limbes de Twitter mais, au contraire, en quelques heures, il obtient plus de 3000 “likes” et 150 retweets et attire l’attention de nombreuses personnes… dont des professionnels des médias et du monde de l’édition. « Je n’avais jamais écrit avant de publier ce tweet. Quand j’étais à l’école, je détestais cette activité alors je n’imaginais pas que, plus tard, ce serait quelque chose que je pourrais apprécier », se souvient Hannah Green que nous rencontrons via visioconférence.

 

Casquette noire sur le crâne et sweat shirt sombre confortablement enfilé, l’autrice de My Journey Home : Overcoming Homelessness and Post-Traumatic Stress Disorder, nous reçoit au réveil, une tasse de thé brûlante à la main, depuis York, une ville au nord de l’Angleterre, où elle a étudié pendant plusieurs années. À quelques jours de la sortie de son livre, le 8 avril aux éditions Cherish, Hannah Green se dit à la fois « excitée et terrifiée » à l’idée de partager son expérience. « J’ai beaucoup parlé de mon expérience avec le sans-abrisme mais pas tellement avec les traumas. Il y a des choses que j’ai écrites dans le livre dont je n’ai encore jamais parlées publiquement. Je crois que passer par l’écrit est plus facile pour certaines d’entre elles que de le faire en face à face, lors d’un événement par exemple », confie alors la jeune femme dont l’ouvrage débute par une scène très forte.

 

Le 17 décembre 2018, Hannah Green veut se donner la mort. « Je n’avais nulle part où vivre, et la majorité du temps, je n’arrivais pas à fonctionner comme une personne normale. Je buvais beaucoup trop, me renfermais et j’avais tout abandonné. (…) Comment en suis-je arrivée là ? », s’interroge alors l’autrice dans l’introduction de My Journey Home. La suite du livre tente d’expliquer au lectorat ce qui mène une jeune diplômée, qui à l’avenir devant elle, à vouloir se donner la mort après avoir quitté le domicile familial s’en avoir nulle part où aller.

La nuit qui a changé sa vie

« Quand j’ai terminé l’université, en 2018, je suis partie voyager à l’étranger. Je souffrais déjà un peu de stress post-traumatique, du fait de ce qui m’était arrivé à l’université », raconte Hannah Green. Pudique, elle ne nomme pas l’événement en question lors de notre entretien mais dans son livre, l’écrivaine fait le récit de cette nuit qui a changé sa vie. Un homme qu’elle considérait comme un ami la viole lors d’une soirée. L’étudiante porte plainte mais les preuves ne sont pas suffisantes pour engager des poursuites. Sujette à d’importants symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT) comme des crises de panique et d’angoisse, Hannah Green débute une thérapie EMDR, c’est-à-dire une thérapie qui utilise le mouvement oculaire pour traiter et soigner des vécus traumatiques. Cette dernière fait remonter à la surface d’autres souvenirs, issus de l’enfance de Hannah. Elle se souvient alors des violences sexuelles dont elle a été victime, entre l’âge de 10 et 14 ans, de la part d’un ami de la famille. Pour échapper à ces visions d’horreur qui l’assaillent, la jeune femme fuit le domicile familial, où se sont déroulés les faits, et se réfugie dans l’alcool, la scarification, et la consommation de drogues. Les pensées suicidaires s’invitent également dans son quotidien. « Je ne voulais plus vivre », résume-t-elle aujourd’hui.

 

Devenir « volontairement sans-abri » ?

 

Hébergée par sa cousine pendant plusieurs mois, à Scarborough, sur la côte est de l’Angleterre, Hannah doit quitter les lieux et réalise qu’elle n’a nulle part où aller. « J’étais sans domicile. » Elle se rend alors au Crisis Cafe, de l’association Scarborough Survivors. Dans ce lieu chaleureux, ouvert à toutes les personnes « en situation de crise », Hannah trouve une oreille attentive à ses problèmes de santé mentale et elle est orientée vers une association pour l’aider dans sa recherche de logement. Mais cette dernière ne peut pas l’accompagner car elle a moins de 25 ans. Envoyée vers une autre structure, elle réitère sa demande et découvre, par la même occasion, le système complexe de l’aide sociale de sa ville. « On me faisait toujours comprendre qu’il y avait quelqu’un dont la situation était encore plus critique que la mienne. » Aussi, avec ses TSPT, Hannah ne peut pas vivre avec en collection avec des inconnus, qui plus est des hommes de son âge. Leur présence réveille en elle la soirée de son viol et les douleurs mentales sont insupportables. Finalement, Hannah est prise en charge par une association, Nightstop, et trouve une chambre chez l’habitant. « Devoir se présenter chez un inconnu avec tous vos effets personnels est horrible, et j’ai encore du mal à trouver les mots pour expliquer ce sentiment, même maintenant », précise-t-elle dans son livre.

 

Les mois passent et Hannah doit obéir aux associations. Elle est ensuite installée dans une première auberge, pour des jeunes entre 16 et 25 ans qui sont dans la même situation qu’elle. Puis encore une autre, où elle dispose de son propre logement mais dans un quartier si mal famé, qu’y rester est très difficile tant elle se sent menacée et exposée à la tentation de consommer des substances illicites.

 

Si Hannah émet un avis de travers, s’exprime sur ses besoins particuliers du fait de sa santé mentale fragile ou des addictions dont elle souhaite se débarrasser, on lui répond qu’elle n’a pas le choix. « On m’a dit, haut et fort, que si je quittais mon placement actuel, je deviendrais “volontairement sans-abri” et, en tant que tel, je n’aurais pas droit à de l’aide », rapporte-t-elle dans son ouvrage. « Quand tu as souffert d’un traumatisme et qu’on te dit constamment ce que tu dois faire, quand tu as l’impression qu’une situation est dangereuse, c’est un déclencheur [de crises] », explique Hannah Green avant d’ajouter qu’il est nécessaire, pour les personnes qui sont accompagnées par les services sociaux d’avoir le choix. « On ne m’a jamais donné le choix. On me disait toujours ce qui allait se passer mais on ne m’a jamais demandé ce dont j’avais besoin et ce dont j’avais envie. » Comme de nombreuses personnes, militantes ou professionnelles, en France, Hannah Green plaide ainsi pour des centres d’hébergement non-mixtes.

Surf, politique et activisme

Finalement, ce qui l’a aidée à s’en sortir, ne vient pas que du système d’aide social mais bien d’initiatives parallèles. D’abord, il y a eu pour la jeune femme la découverte de la surf thérapie, via l’association The Wave Project. « Plus je pensais de temps dans l’eau, plus je changeais », assure la passionnée de ce sport de glisse. « Quand j’étais dans l’eau, j’étais calme et je pouvais être quelqu’un d’autre. Je n’étais plus SDF, je n’étais plus celle qui souffre de stress post-traumatique. Le surf m’a donné la confiance de rencontrer d’autres personnes, de faire du bénévolat, de m’ouvrir aux autres et de sortir de ma coquille. Jamais je n’aurais pu faire tout cela sans l’eau », raconte encore Hannah avant d’ajouter : « Il faut aussi savoir que l’activité physique renforce la santé mentale. Les gens ont tendance à penser que les personnes sans domicile devraient ne rien faire d’autre de leur journée que chercher un travail. Mais on doit aussi se sentir bien avec soi-même. Tout le monde a besoin de cela, un toit sur la tête ou pas. »

 

La passion du surf a aussi ouvert la voie d’un autre secteur à Hannah : l’activisme. En novembre 2019, cette dernière s’intéresse aux élections générales qui se déroulent alors au Royaume-Uni. Elle repère sur Twitter un candidat, lui aussi surfeur, et échange quelques messages avec lui. Ce dernier l’invite alors à une soirée caritative dans un pub. « Je n’avais pas socialisé depuis des lustres, mais je pensais que c’était une bonne occasion de m’impliquer dans quelque chose qui comptait », écrit Hannah dans My Journey Home. « J’ai commencé à réaliser que je ne voulais pas que les autres jeunes vivent les mêmes choses que j’avais traversées, et j’espérais avoir le pouvoir d’essayer de faire une différence une fois que j’irai mieux. »

 

Pour la première fois, Hannah ne fait pas semblant. Elle raconte qu’elle vit dans une auberge pour les jeunes sans domicile. Plus encore, elle finit même par s’engager dans la campagne. Distribuer des tracts, diriger les équipes de démarcheurs et de démarcheuses, prêter main forte au bureau de campagne… Hannah ne lésine sur aucune tâche.

 

Juste après son anniversaire, elle découvre qu’elle est éligible au “Personal Independence Payment”, une aide financière attribuée à des personnes qui souffrent d’un problème de santé physique, mentale ou d’un handicap à long terme. Grâce à cette somme d’argent, Hannah sait qu’elle peut enfin prétendre à la location dans le parc privé et, par ailleurs, ne plus avoir à retourner dans son logement où la drogue et les fêtes l’empêchent de se reconstruire. « Ce fut l’expérience la plus surréaliste, de savoir que j’allais enfin avoir mon propre endroit avec un contrat de location approprié », témoigne-t-elle dans son livre, qu’elle a écrit durant le confinement. Cette activité lui a permis de rester concentrée sur sa santé mentale et son bien-être et lui a aussi prouvé qu’écrire était devenue plus qu’une activité agréable, mais bien un métier que Hannah Green compte bien continuer ces prochaines années. C’est tout le bien qu’on lui souhaite.

 

Hannah Green, My Journey Home, Cherish Editions, 16,05 euros (BookDepository), 5,75 euros en format numérique (Amazon)

    Arièle Bonte

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Toutes à l’abri est une association venant en aide aux femmes sans domicile ou en situation de grande précarité. Par le biais de maraudes, les bénévoles partent à la rencontre des femme SDF, pour échanger avec elles, leur fournir des repas cuisinés et des produits hygiéniques.

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