NOUS SUIVRE SUR_

PARTAGER SUR_

Être une femme seule dans la rue : hébergée mais toujours discriminée

Les femmes seules sans-abris ne sont plus ignorées par les pouvoirs publics. Si des hébergements et lieux d’accueil leur sont maintenant dédiés en non-mixité, les difficultés liées à leur situation personnelle perdurent du fait des stéréotypes de société.

 

« Notre culture judéo-chréitenne a construit notre société dans cette idée qu’une femme est une mère. Ce n’est pas différent pour le public à la rue. » Marie-Claire Vanneuville, présidente de l’association Femmes SDF, basée à Grenoble, est sur le terrain depuis plusieurs années. Le public des femmes et des hommes sans-abris, elle l’a observé, vu changer et a permis, avec le soutien d’autres associations de terrain, de changer les pratiques concernant les femmes seules sans domicile.

 

Aujourd’hui, les structures d’accueil existent pour ces femmes qui (se) cachent leur précarité aux yeux du grand public. Alertés il y a une poignée d’années, les pouvoirs publics ont depuis développé des structures d’accueil et d’hébergement en non-mixité pour ce public précaire et fragilisé par les violences de la rue, comme le rappelle Perrine Dequecker, responsable de la communication de l’association Aurore.

 

Lorsque la comédienne Élina Dumont était sans domicile, cette dernière racontait à Sans A_ que beaucoup de ses consœurs de la rue en arrivaient à tomber enceintes pour pouvoir bénéficier d’une place en centre d’hébergement. Si Élina Dumont est longtemps restée à la rue, c’est bien parce qu’elle était seule, sans enfant. Aujourd’hui, ce cas de figure n’existe plus. Une femme ne sera pas refoulée sous prétexte qu’elle n’a pas enfantée. Mais même si « les choses bougent », précise Marie-Claire Vanneuville, « il y a quand même, encore aujourd’hui, plus d’aide quand on est une femme avec enfants qu’une femme seule. Il y a plus de possibilités d’hébergement, plus d’accueils, parce que le système a été fait initialement par cette approche. » Pire encore, les femmes seules souffrent de manière plus insidieuse des stéréotypes de société qui les attaquent encore plus lourdement que toute autre femme.

 

Des stéréotypes exacerbés

 

« Quand on parle des femmes en grande difficulté, on a tendance à parler de celles avec des enfants et à gommer l’existence des autres. C’est d’autant plus violent que ces femmes seules à la rue ont souvent des enfants placés et elles ont intégré une honte et une culpabilité de se retrouver à la rue, ayant raté leur vie de couple, de mère », analyse Marie-Claire Vanneuville. D’un autre côté, la question de la paternité n’est pas aussi lourdement portée par les hommes sans domicile. La présidente de Femmes SDF raconte : « Quand j’ai fondé l’associtation, avec une femme qui dirigeait à Grenoble un lieu d’accueil pour les hommes grands exclus, elles disait à ces hommes cassés, à l’heure du goûter : “C’est l’heure du gouter de vos enfants !” Je trouvais que c’était intéressant de le dire. Tous ces hommes étaient pères, mais on n’en parlait jamais. »

 

En cause ? « Le rôle assigné de mère aux femmes existe plus ou moins sournoisement dans notre société. Dans la rue, on retrouve les mêmes stéréotypes que dans la société ordinaire mais exacerbés », analyse encore Marie-Claire Vanneuville.

 

Si l’espace public est, de manière générale, un espace fait par et pour les hommes, ce fait est bien dupliqué pour les femmes sans-abris qui, de fait, vivent dans l’espace public. « Elles ont aussi intégré cette représentation : une femme ne doit pas être dans la rue car la rue est pour les hommes, l’espace public leur est dédié. On a fait du chemin sur ce sujet mais on reste dans cette idée qu’une femme ne doit pas être dehors : mais à la maison », constate encore la présidente de Femmes SDF. Résultats : les femmes seules en question « se cachent encore plus, ce qui complique notre travail sur le terrain. »

 

Si le discours de Marie-Claire Vanneuville analyse plus particulièrement la question des femmes seules d’origine française, elle souligne cependant que les femmes en exil en France souffrent de cette même peur dans l’espace public. « Le regard des structures qui les accueillent est également différent. Leur existence est tout aussi gommée. Invisibilisée. »

 

Limiter le recours à l’hôtel

 

C’est pour toutes ces raisons que plusieurs structures associatives s’attachent à mettre en lumière ces femmes seules et à plaider, comme l’a par exemple fait Élina Dumont dans son rapport pour la Région Île-de-France, pour la création de lieux non-mixtes (hébergement, accueil de jour, hygiène…) dédiés aux femmes seules.

 

Car, comme le souligne Perrine Dequecker de l’association Aurore : « Il y a maintenant des centaines de places seules pour femmes seules. Il en faudrait plus mais elles ont le mérite d’exister. » D’autant plus que la situation des femmes avec enfants n’est pas forcément enviable, rappelle la responsable de la communication de l’association. « Depuis des années, on essaie de limiter le recours à l’hôtel car il n’y a pas d’accompagnement social. Ces femmes et familles peuvent y rester pendant dix ans et leur situation n’évolue pas. » Plus que jamais donc, pour les femmes seules, avec enfants, et les hommes, des logements doivent être mis à disposition.

    Arièle Bonte

PARTAGER SUR_


Je donne mon avis

Merci pour l'invit'

Merci pour l’invit’ est un dispositif de l’association Solinum. Il permet à des femmes en situation de rue de bénéficier d’une chambre chez un particulier.

Je participe
EN Découvrir plus
Les dernières vidéos