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Anna Toumazoff, son soutien aux jeunes LGBT chassés à la rue

À la mi-novembre, la militante féministe Anna Toumazoff a lancé un mouvement solidaire pour héberger les jeunes LGBTQIA+ chassés dehors pendant le confinement. Après #UberCestOver et #TouteNueDansLaRue, combats qui lui ont valu une large renommée sur la toile et dans les médias, la jeune activiste de 25 ans destine aujourd’hui son soutien à une « minorité oubliée » de la crise sanitaire.

 

Pour Anna Toumazoff, c’est d’abord un constat : « Le confinement a obligé de nombreux jeunes, à court de revenus, à réintégrer malgré-eux le cocon parental ». Ce retour aux sources est loin d’être une alternative réjouissante pour les jeunes en rupture familiale. Il ajoute à leur précarité une épreuve supplémentaire : celle de revenir à ce qu’ils ont fui des années plus tôt. Le foyer redevenant comme il l’était à l’adolescence, un catalyseur de discordes, de discriminations, voire de violences.

 

Le dimanche 15 novembre 2020, RTL (be) publie un article faisant état d’une vingtaine de jeunes LGBTQIA+ chassés vers la rue par leurs propres parents. Si l’information ne fait pas la Une des médias, elle révolte viscéralement Anna : «On ne peut pas, à notre époque, accepter que des jeunes soient jetés à la merci de l’hiver à cause de leur orientation sexuelle. » Comme toujours lorsqu’elle s’empare d’une cause pour la défendre, Anna agit avec sa spontanéité et son réseau, sans passer par les associations ou la conception d’une plateforme dédiée. « Bruxelles est une terre d’accueil, une ville trop cosmopolite, trop bonne-vivante, trop solidaire pour laisser passer ça ! » assure-t-elle, certaine qu’il suffit parfois de crier fort pour déclencher une vague d’actions solidaires.

La militante publie une tribune engagée sur son compte Instagram

#Memespourcoolkidsféministes, suivi par ses 113 000 abonnés, et la magie d’internet se charge du reste. En trois clics et quelques jours, l’appel au secours d’Anna a réveillé Bruxelles et son écho, bien au-delà des frontières belges, s’est répandu jusqu’en France, Allemagne, Angleterre, ou encore Norvège. Bientôt, des centaines de messages de soutien, de propositions d’accueil à Arlon, en Belgique, Bordeaux, Grenoble, Martigny en Suisse ou encore Leipzig en Allemagne, saturent la messagerie de la lanceuse d’alerte. Une publication postée le 20 novembre sur sa page Instragam récolte plus de 3500 likes.

Gestion au cas par cas

« En France, outre les métropoles, j’ai même reçu des propositions d’accueil venant de coins reculés comme le Jura, le Var », s’étonne la jeune activiste, touchée par la vitalité de cet élan solidaire. Anna veut agir vite autant qu’il se peut. Alors, aux actions efficaces des procédures simples. Consciente de la phobie administrative de la population à l’égard du formulaire rebutant, Anna a décidé d’aller au plus direct pour ne pas perdre les volontaires en route : « Les gens me contactent sur Instagram, et je les répertorie dans mon tableur selon leur localisation géographique. Puis, en fonction des besoins et des offres, je me charge ensuite de mettre en relation la personne sans-abri et l’hébergeur, en m’assurant au préalable que celui-ci est safe. » Après une semaine d’action intensive et d’allers-retours téléphoniques avec les potentiels hébergeurs et hébergeuses, Anna a réussi, avec la force conjointe de sa communauté, à reloger cinq jeunes LGBTQIA+ en lieux sûrs, et cinq de plus sont également sur le point de trouver un toit.

Des hébergements adaptés

« Toutes les propositions d’hébergement sont évidemment bonnes à prendre », rappelle Anna, « mais j’essaie, dans la mesure du possible, de privilégier l’accueil chez les jeunes, notamment en colocation, où l’on trouve de fait une pluralité des genres.» Car l’objectif d’Anna, s’il est indéniablement lié à l’urgence, n’est pas pour autant de glisser dans la précipitation en refoulant ces jeunes chez le premier hébergeur venu. « Les jeunes LGBTQIA+ qui se retrouvent à la rue ont subi la discrimination, le rejet. Certains d’entre eux ont perdu confiance en l’humain et le courage de s’assumer. Les envoyer dans un hébergement inadapté les fragiliserait davantage. » C’est pourquoi Anna insiste sur l’impérieuse nécessité de leur trouver un lieu d’accueil convivial où prime l’ouverture d’esprit. Et là, seulement là, ces jeunes hommes et femmes pourront s’épanouir sans devoir renoncer à leur liberté et à ce qu’ils sont.

    Edgar Sabatier

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