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Allaiter dans la rue : couvrez ce sein que je ne saurais voir

Être une jeune mère et être sans domicile n’est pas une tâche facile. Le regard des autres, la précarité, le manque d’information ou de lieux d’accueil empêchent les femmes qui désirent allaiter de le faire.

« Du lait et des couches. » Voici la demande que vont formuler les jeunes mères sans domicile ou sans-abris quand on leur demande ce dont elles ont besoin pour améliorer leur quotidien. La plupart d’entre elles sont loin de pouvoir se dire qu’en leurs seins, elles possèdent déjà tout ce dont leur bébé a besoin. Quand on connaît les difficultés auxquelles font face ces femmes pour ne serait-ce que s’alimenter, se laver et trouver un toit où dormir, l’idée même de les voir allaiter leur nouveau-né peut paraître malvenue. Car il en faut de l’énergie pour nourrir ainsi son enfant ! D’autant plus que ces femmes ne baignent pas forcément dans une culture où l’allaitement a bonne presse.

« Quand on a été tout le temps dans le manque, c’est difficile de croire que son lait va suffire à nourrir son enfant », analyse Véronique Boulinguez, sage-femme du service de protection maternelle et infantile de la Ville de Paris. Ses missions : aller à la rencontre des publics fragiles et précaires pour identifier les femmes enceintes ou venant d’accoucher, les orienter et les accompagner dans leurs parcours de soins. « Elles ont cette image que le lait est le reflet de ce qu’on mange mais c’est faux ! Elles sont alors habitées par la peur du manque et garde du lait en poudre à côté pour se rassurer ». Cette poudre représente alors pour ces jeunes mères « un nectar », observe Véronique Boulinguez avant d’ajouter que les conditions de la vie dans la rue et le climat général n’arrangent en rien ces jeunes mères.

« S’arrêter au bord de la route pour allaiter son enfant n’est pas évident. » Avec le froid et le manque de structures pour se mettre à l’abri et au chaud, comment imaginer se dévêtir partiellement dans l’espace public ? Où « même si une femme est en plein état, le regard des autres n’est pas toujours bienveillant. Elles sont nombreuses à nous l’avoir confié », ajoute la sage-femme qui, avant d’être sur le terrain pour le service de PMI de la Ville de Paris a été référente allaitement pendant douze ans à la maternité Port-Royal.

Valérie Ledour, docteure et responsable du service de PMI, confirme : « Allaiter dans l’espace public en France est mal vu. Des mamans s’interdisent de le faire parce qu’elles ne le voient pas, n’osent pas et ne vont pas le faire par geste militant parce qu’elles n’ont pas de titre de séjour », rapporte-t-elle.

« Souvent, quand elles sont hébergées à l’hôtel, ces femmes donnent le sein la nuit et c’est en journée, quand elles sont dehors, qu’elles donnent le biberon. » Ce dernier est, souvent, préparé dans « des conditions d’hygiène un peu catastrophiques », précise Valérie Ledour. C’est pour l’instant la seule alternative connue des deux femmes qui militent alors pour aider ces femmes à mieux allaiter leur enfant.

« Il faut diffuser l’information aux femmes qu’elles peuvent se rendre dans n’importe quel centre de PMI pour allaiter. L’association La Cloche, à travers son programme Le Carillon, a également créé un petit logo pour indiquer aux femmes qu’elles peuvent s’arrêter dans un commerce de proximité pour nourrir au sein leur bébé», énumère la sage-femme qui ne manque pas d’idées pour donner la possibilité, aux femmes qui le souhaitent, de pouvoir allaiter.

« Au Carreau du Temple », un espace d’accueil dédié aux femmes sans domicile et ouvert pendant le second confinement par l’association Aurore, « on a essayé de créer un petit espace prévu pour l’allaitement. Il suffit parfois de pas grand chose : d’un visuel, une affiche, d’une présence pour indiquer que l’allaitement est possible dans le lieu », explique la sage-femme qui souhaite également « organiser auprès des bénévoles, dans tous les lieux d’accueil, des réunions de sensibilisation », explique-t-elle. « Mais le confinement a mis entre parenthèses ce projet », regrette Véronique Boulinguez, assurant ne pas avoir une démarche de « forcing à l’allaitement » mais d’être dans une démarche de « soutien ».

Car les bienfaits d’une telle démarche sont utiles à l’enfant mais aussi, et peut-être surtout, à la mère. « L’allaitement est un axe fort parce que cela fait beaucoup de bien aux femmes d’être utiles à leurs enfants », souligne Valérie Ledour. De là à voir ce geste comme un tremplin de plus pour aider ces jeunes mères à reprendre confiance et sortir de la rue ?

    Arièle Bonte

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Fondée il y a quatre ans et demi, Un petit bagage d’amour collecte des vêtements, couches, du lait en poudre ou encore des poussettes et autres accessoires essentiels pour des mères qui n’ont pas les moyens d’accueillir convenablement l’arrivée de leur enfant.

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