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À Paris, la clinique-mobile MSF reprend du service

Chaque jour, les gilets blancs se déplacent d’un bout à l’autre de la capitale pour apporter une assistance médicale aux personnes les plus vulnérables, à l’heure où la crise restreint dangereusement l’accès au soin.

 

Devant la clinique-mobile de Médecins Sans Frontières (MSF), au Jardin d’Éole, dans le 18ème arrondissement, des personnes précaires ou sans-abris attendent d’être prises en charge par l’équipe des gilets blancs. C’est bientôt au tour d’Idrissa de recevoir un diagnostic. Il souffre de « crampes et de brûlures d’estomac » à tel point douloureuses qu’elles le privent de sommeil. « J’étais venu chercher un café pour me réchauffer. Ce sont eux qui m’ont conseillé de venir ici me faire examiner », explique le Sénégalais en pointant du doigt l’association chargée ce matin de la distribution alimentaire.

 

Il est 9h30, et la misère se lève fiévreusement sur le quartier Stalingrad. Dans l’allée piétonne du parc, aux abords des tentes MSF, des hommes en peine vont et viennent à la recherche d’un peu de monnaie ou d’une cigarette. Les plus curieux rappliquent devant les tentes, intrigués par ce dispositif inconnu, et à l’occasion, montent sur la balance à disposition pour mesurer leur pedigree. Une jeune femme originaire d’Afrique Subsaharienne, au bord du gouffre, nous accoste en nous implorant de lui venir en aide.

Tuan, un jeune vietnamien, fait la queue pour se soumettre à un dépistage. Dans son squat, près de la Gare du Nord, plusieurs de ses amis ont été testés positifs au VIH. Il craint, lui aussi, d’avoir contracté le virus : « J’ai peur du résultat. Si je suis positif, je ne sais même pas où aller me faire soigner. »

Un manque de prise en charge

Si d’ordinaire la clinique-mobile est confrontée aux horreurs des pays en guerre, ici aussi, à Paris, elle fait face à la misère humaine. « Pour nous, cette opération est totalement inédite », confesse Jean-Francois Véran, coordinateur de projet chez Médecin Sans Frontières. « Franchement, après dix ans de maison, jamais je n’aurais pu imaginer me retrouver en mission au milieu de Paris ! »

 

Venu en France pour s’accorder du repos, l’anthropologue a dû, compte tenu de l’urgence sociale, tirer un trait sur ses congés et revêtir son gilet MSF : « On constate aujourd’hui, notamment à Paris, un manque cruel de prise en charge médicale. Avec la saturation des hôpitaux, les fermetures de centres médico-sociaux et de cabinets libéraux, ce sont des milliers de gens qui ont perdu l’accès aux soins. » MSF compte ainsi prolonger l’action de sa clinique-mobile dans la capitale jusqu’à ce que « les choses se tassent ». En se déplaçant chaque jour d’un quartier à l’autre, de La Villette à Saint-Ouen, de Stalingrad à la Place Saint-Marthe. « Notre but est d’amener de manière ponctuelle et ciblée une assistance médicale, des consultations de santé là où les gens les plus vulnérables se trouvent », explique celui qui gère habituellement les conflits entre les forces armées brésiliennes et les gangs de Rio, où il vit depuis douze ans.

À l’abri de la clinique-mobile, une travailleuse sociale s’enquiert d’un vieux monsieur, l’aiguille dans les démarches Ameli sur son téléphone. Sous leur tente respective, les deux infirmiers enchaînent les patients qu’ils dirigent ensuite, si nécessaire, vers le camion de la médecin pour une consultation plus approfondie.

« Quand ce sont des personnes de la rue, on a généralement affaire à des problèmes rhumato, de dermatose, des gastro, des grandes fatigues », renseigne l’un des soignants. Ahmed est le prochain sur la liste. « J’ai des saignements de bouche depuis un mois. Parfois, je ne peux pas manger pendant plusieurs jours », explique le jeune Soudanais de 26 ans.

Sous la première hutte — qui fait office de salle d’accueil -, il patiente aux côtés de son ami Érythréen, lequel accuse de graves problèmes respiratoires. Tous deux ont fui les guerres qui ravagent leurs pays. Ils ont bravé les épreuves inexorables du chemin migratoire qui mène à l’Europe. « La Libye, c’était… affreux. J’y ai perdu des proches », raconte Ahmed, ce rescapé condamné aujourd’hui à vivre dans l’invisibilité.

Au bord de la rupture

 

Depuis la fin novembre, les équipes MSF ont noté, parmi leurs patients, une nette augmentation de personnes afghanes, venant d’Afrique de l’Est et des pays subsahariens. La clinique-Mobile se trouvait à Saint-Ouen le lundi 19 novembre, quatre jours après le démantèlement du camp de migrants à Saint-Denis. Ces hommes exilés, traqués par les forces de l’ordre jusqu’à l’agonie, sont arrivés à eux par vagues successives, tous désorientés, paralysés par le froid et la détresse.

 

« On a récupéré des gens qui étaient complètement à bout, exténués. On a diagnostiqué des privations de sommeil par dizaine ! Pour eux, c’était ni-ni. Pas le droit de stagner, pas le droit d’être hébergés », s’insurge Jean-François Véran. « On ne peut pas comprendre ce qui s’est passé à République si on ne le connecte pas avec l’évacuation de Saint-Denis. République, du point de vue des acteurs sociaux et des migrants eux-mêmes, c’était une manière d’appeler au secours », dénonce le coordinateur. Présent en tant qu’observateur à République, Médecin Sans Frontière a par la suite condamné les violences policières perpétrées en marge de cette seconde évacuation, qualifiée de « nuit de la honte » par les médias. L’organisation a aussi officiellement porté plainte contre le préfet de police de Paris, Didier l’Allemand.

 

« Eh, j’espère que vous ne me faites pas attendre deux heures pour m’envoyer à l’hôpital ensuite ? », questionne Mario, 30 ans, son papier d’enregistrement à la main. « Ça ne sera plus très long », lui retourne-t-on sous la tente. Peu convaincu de cette réponse, Mario s’en va sur un banc fourrer sa pipe d’un petit cailloux blanc. Une dose de crack, ce remède illusoire dont la rue n’est jamais à court. Une bouffée profonde, et Mario semble délesté de ses soucis. Du moins, pour les quinze prochaines minutes.

    Edgar Sabatier

    Corentin Fohlen

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Lieu de répit

À Marseille, cet établissement associatif propose une halte de « répit » aux personnes précaires atteintes de graves troubles psychiatriques. Les bénéficiaires sont libres de venir et d’aller comme bon leur semble, et d’accéder aux parties communes pour échanger avec bénévoles et personnes salariés.

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