VOUS AVEZ PEUR DES SCHIZOS ?

PAR OLIVIER, ILLUSTRATION DE MANON BABA

LE 16 OCTOBRE 2017

Si vous rencontrez Olivier, voilà ce qu’il ne vous dira pas.

 

Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Olivier et je suis schizophrène…

De ces deux informations, j’imagine que celle que vous aurez retenue, celle qui aura retenu le plus votre attention, est la deuxième. C’est-à-dire : je suis schizophrène. Vous oublierez peut être mon prénom, mais probablement pas le fait que je suis malade, et j’ai effectivement une pathologie dont le nom fait peur…rassurez-vous si vous avez peur : vous êtes normaux !!!

 

Imaginez, que je vous aie rencontré dans une soirée et que je me sois présenté comme cela. Je pourrais imaginer comme un petit courant frais, voire carrément froid ou glacial qui passe entre nous. Ce courant froid, c’est la stigmatisation des personnes présentant un trouble psychiatrique. Bien heureusement, j’ai le droit à mon jardin secret. Je vais dans des soirées, je rencontre des gens et jamais au grand jamais, je ne me présente comme cela.

 

Cependant, vous serez peut être d’accord avec moi, du moins je l’espère pour vous : pour tisser des liens de confiance il est nécessaire d’être authentique. Ainsi, je dois être authentique d’une main, et garder mon jardin secret de l’autre….Autant vous le dire tout de suite, ce genre de jonglage s’avère difficile. C’est même de mon expérience pratiquement impossible. Il y a toujours un moment où je sens qu’il est trop tôt pour parler de ma maladie, malgré la sympathie de l’échange, et ou je me referme comme une huître, parce que les questions de l’autre ou des autres personnes deviennent incommodantes ou intrusives.

 

Je pourrais vous raconter que j’ai trois prix de conservatoire en violon, mais rapidement je devrais pour rester sincère vous dire qu’actuellement je suis au chômage. L’habituelle question qui vient alors est : « et tu cherches dans un orchestre ???… je ne sais pas comment vous dire que masquer dix ans de période aiguë de la maladie, avec aller et retour à l’hôpital psychiatrique est difficile quand on souhaite rester authentique et que mentir est très simple en apparence mais ne permet pas de relation sincère… !

 

Je suis là aujourd’hui pour vous dire que je suis schizophrène. La première représentation qui vient à l’esprit des personnes qui sont épargnées, ce sont les représentations de cinéma… «Psychose » d’Hitchcock, « Shutter Island », ou encore le dernier né: « Split » avec  un personnage aux 23 personnalités qui, avec un sadisme très poussé et une violence sévère, enlève puis tue des jeunes filles innocentes. Chacun d’entre nous a entendu aux informations qu’un schizophrène violent, un de plus, avait tué une personne au hasard ou dépecé sa mère….et j’en passe et du plus horrible….

 

La question est : suis-je violent ? Pour parler de cela, je voudrais vous faire une blague et vous dire que j’ai un plan machiavélique pour tous vous tuer dans d’atroces souffrances. Vous me direz : où est la blague ?? Elle est dans le malaise que vous pouvez avoir ressenti quand j’ai prononcé ces mots. Où je veux en venir ?! Je veux en venir au fait que je ne suis pas dangereux pour le monde, mais le monde pour l’instant m’apparaît comme effrayant.

 

Je ne peux pas deviner à qui j’ai à faire en croisant pour la première fois une personne, et pourtant, je dois déjà faire face à la peur qu’il ou elle me rejette à cause de quelque chose dont je souffre déjà. C’est ce que l’on appelle la double peine.

Je veux ici vous déclarer ma souffrance de n’avoir jamais pu jusqu’à présent me présenter comme cela : Je m’appelle Olivier et je suis schizophrène.

Aujourd’hui, nous partageons le moment où je le fais, et publiquement. Alors oui, je crois que je suis courageux, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est qu’en me lisant vous me faites un cadeau : vous me permettez de vous dire mon trouble psychique. Et l’écrivant ici, j’espère n’obtenir ni mépris, ni rejet. En tous les cas, c’est mon pari !

 

Car je ne suis pas un parasite de la société : j’ai travaillé et durement : comme musicien d’orchestre, puis comme réceptionniste d’hôtel, puis encore comme agent d’accueil, comme assistant de direction dans un pôle d’une grande banque, puis à nouveau agent d’accueil dans une entreprise d’aéronautique… et cela sur de longues périodes. N’allez pas croire que je gonfle mon CV. Oui, j’ai dû travailler à temps partiel, car une partie de mes traitements me fatigue beaucoup, comme la plupart des traitements pour n’importe quelle maladie, d’ailleurs. Oui, je suis reconnu travailleur handicapé et adulte handicapé, je perçois environ 850 euros d’allocation par mois, et dans le pires mois, c’est tout ce que je touche. Parfois c’est dur financièrement, mais rassurez-vous, je ne viendrai pas vous demander une pièce. Et d’ailleurs, même si c’est difficile je préfère m’accommoder de peu plutôt que de pleurer sur mon sort.

 

Vous avez pitié de moi maintenant ? Ce ne serait pas juste : j’ai mon lot de difficultés, c’est tout et j’ose un peu en parler. Maintenant, j’aime la vie, je l’adore même. Il est vrai que je suis un peu aidé par des psychologues et psychiatres ou par le Clubhouse, un Club où je peux respirer avec des personnes aux parcours similaires.

Je dirais que pour être un schizophrène qui va bien (si, si cela existe!), il faut être un sacré combattant. Peut-être avez-vous changé de regard sur moi tout au long de ce texte. Pour moi, j’ai dit ce que j’avais à dire, mais vous pouvez me faire une faveur, et je ne résiste pas au plaisir de vous la demander : quand vous verrez la prochaine fois aux infos qu’un schizophrène a tué celui-ci ou celle-là, pensez à moi. Nous sommes 600 000 schizophrènes en France, s’il y avait 600 000 tueurs en série hyper sadiques comme dans les séries télévisées, cela se saurait. Il y a probablement une toute petite partie des personnes atteintes qui deviennent violentes ou qui étaient violentes avant d’ailleurs, mais la plupart espèrent juste travailler, être aimées, être respectées, et ce malgré leur maladie.

 

Alors si vous voyez une personne qui visiblement va mal, ne considérez pas qu’elle ne peux pas se rétablir, ne condamnez pas sa famille à l’oubli, n’abandonnez pas cette personne comme ami. Cette personne en vaut la peine !! C’est un être humain, un être humain en souffrance, mais un être humain avant tout !!!

Merci de votre lecture!