Chaque mois, à Sans A_, on vous raconte le quotidien des invisibles, des exclus, des sans-voix. Pour cette saison 3, on a choisi un angle un peu particulier, celui des oubliés de la nuit. Et aussi parce que vous, notre communauté, avez voté pour que l’on traite cette thématique.

Les oubliés de la nuit, ce sont ceux qui bossent pendant que tout le monde dort. Des galériens du travail qui vivent en décalage par rapport au monde, par rapport à leur conjoint, à leurs gosses. Et qui subissent souvent plus de pression de la part des employeurs. Qui pètent des plombs, craquent physiquement, tombent en dépression et même parfois, se foutent en l’air.

Je peux vous dire que ça n’a pas été facile de traiter ce sujet. Beaucoup de coups de fil, beaucoup de refus et de portes claquées au nez… Mais surtout des peurs, des craintes. Celles des travailleurs interrogés. La plupart d’entre eux n’ont pas souhaité témoigner à visage découvert.

Alors au début on était un peu embêtés. On s’est dit : nos lecteurs ne verront pas de visages, les histoires sont difficiles et en plus, des solutions, il n’y en a pas. A moins de remettre tout le système à plat. Est-ce qu’il fallait laisser tomber ? Avec l’équipe, on s’est dit que non. Pourquoi ? Parce que comme beaucoup d’autres, ces oubliés de la nuit ont peur, peur de perdre leur job. Parce qu’il y a le chômage, parce que la vie est de plus en plus chère et qu’il faut bien bouffer. Alors cette peur de perdre son boulot, elle fait accepter tout et n’importe quoi, elle paralyse, empêche de résister face à des conditions de travail indécentes, en France, en 2016.

On a donné la parole à Sophie, Malika, Khadour, Yann, Guillaume, Ali, Henri, Bernard. Ces petits combattants du quotidien qui se sacrifient bien souvent pour leur famille, pour leurs enfants. Les solutions qu’on a trouvées pour cette saison, elles ne sont pas collectives mais individuelles. Apporter un peu de répit et de bon temps à un quotidien de galères, pour se sentir compris, et soutenus. Des petits gestes de solidarité, de fraternité que vous pourrez leur apporter après avoir découvert leurs histoires.

Louise Vignaud, Rédactrice en chef