DES  TAMPONS POUR LES FEMMES À LA RUE 

PAR CAMILLE CARLIER ET LOU BOSSARD
LE 30 SEPTEMBRE 2016

 

Des tampons et des serviettes hygiéniques. Deux produits auxquels vous ne pensez pas forcément lorsque vous donnez aux personnes sans-abri. Pourtant ils manquent cruellement dans la rue. L’association Règles Élémentaires organise des collectes de protections périodiques pour les femmes de la rue. Une manière de briser le tabou que constituent les règles en France. Un moyen de permettre à des milliers de femmes de conserver leur dignité.

Morceaux de papier toilette, mouchoirs, bouts de tissus….Un petit aperçu de la débrouille féminine déployée par les femmes à la rue pour pallier le manque de serviettes et de tampons. « On fait avec les moyens du bord… Je vais dans les toilettes de la gare de Lyon et je me sers du papier toilette pour me faire une serviette. » Après plusieurs mois de rue, Koro, la petite trentaine, d’origine ivoirienne, a appris à se débrouiller quand arrivent les premiers jours de règles. Sans-abri, sans travail et sans-papier, elle n’a pas 5 euros à mettre, chaque mois, dans une boîte de tampons. Mais Koro n’est pas la seule dans ce cas. Ajouter à cela le tabou des règles féminines en France… Pas étonnant que serviettes et tampons n’arrivent pas en tête des dons pour les personnes sans-abri. Et pourtant ils sont indispensables à des milliers de femmes à la rue.

Ce sont les constats tirés par Tara Heuzé, 22 ans, après une année de master à Cambridge. En Angleterre, la jeune femme a été sensibilisée à cette question lors de The Essentials Campaign, une collecte de serviettes et tampons qui avait lieu dans sa fac. De retour en France, elle a souhaité s’engager. « Lorsque j’ai cherché une association française qui s’occupait de ce problème, je n’ai trouvé personne. J’ai alors appelé de nombreux organismes et foyers qui m’ont tous dit qu’ils n’avaient aucun stock et manquaient cruellement de protections. Ce sont les travailleuses sociales qui aident ponctuellement en fouillant dans le fond de leur sac. »

50 000 tampons et serviettes collectés

Tara lance sa première collecte de tampons et de serviettes en 2015. Elle l’organise dans le hall de son école, à Sciences Po Paris. L’engouement est inespéré et l’événement bénéficie d’une certaine couverture médiatique pour la semaine des banques alimentaires. Les dons sont ensuite remis au Samusocial. L’association, composée d’une dizaine de personnes et de bénévoles, réalise désormais deux grandes collectes par an. Une en mars à l’occasion de la journée internationale de la Femme et une en novembre. En un an, 50 000 tampons et serviettes ont déjà été collectés. Tant au cours des évènements que par des collectes spontanées un peu partout, même en dehors de Paris. « Il y a récemment une femme médecin de Clamart qui m’a écrit pour me dire qu’elle avait mis une boîte à dons dans sa salle d’attente. Celle-ci était désormais pleine et elle a souhaité savoir à qui elle devait l’envoyer. »

L’association fait le lien entre les donateurs et les travailleurs sociaux qui ont la formation et l’expérience de la rue. Car le sujet est délicat. Les femmes sont peu nombreuses à souhaiter mettre à jour cette vulnérabilité. « Nous ne savions pas toujours comment aborder ces femmes et il est arrivé que nous nous fassions envoyer bouler », explique Tara. La fondatrice de l’association ne peut que constater les retards pris par la France sur ce sujet. « A l’étranger, de manière locale, des initiatives similaires ont été mises en place. Dans les facs des favelas brésiliennes ou encore aux Philippines. »

donner des tampons

Les projets de l’association sont nombreux. Règles Élémentaires se lance dans la production d’un prototype de boîte à dons afin de multiplier les points de collectes. La mairie du 18ème arrondissement de Paris se verra dotée de deux boîtes à la rentrée. « Nous allons continuer notre partenariat avec le Samu Social mais également évaluer les besoins d’autres associations. Nous souhaitons voir avec des enseignes telles que Carrefour pour récupérer les invendus, les paquets ouverts qui sont, de fait, interdits à la vente. »

Règles Élémentaires a besoin de soutiens pour se professionnaliser. « Vous pouvez nous aider par des dons en nature, essentiellement des tampons et des serviettes. » L’association est par ailleurs toujours à la recherche de bénévoles et de lieux de stockage des dons. Tara aimerait que les hommes s’engagent davantage. Règles Élémentaires compte quelques garçons dans ses rangs mais sa fondatrice souhaiterait voir ce chiffre augmenter. « Nous avons des dons qui viennent des deux sexes. Même si les hommes apparaissent plus frileux et préfèrent être accompagnés de leur copine lors des collectes. »

Il y a encore du chemin pour briser le tabou des règles. La première étape, selon Tara, serait que « ce type de produit entre dans la normalité des dons ». Lorsque nous l’avons rencontrée, elle préparait son départ pour les Etats-Unis. Tara souhaite continuer à étudier le terrain là-bas pour de potentiels partenariats. « New York est la première ville à avoir mis en distribution libre dans les foyers des protections périodiques. » L’action de Règles Élémentaires ne s’arrête pas pour autant. Préparez-vous à voir leurs boîtes à dons dans le paysage francilien.