MOBIL’DOUCHE, DE LA RUE À LA SALLE DE BAINS

PAR CAMILLE CARLIER, FIONA GUITARD ET LOU BOSSARD
LE 23 SEPTEMBRE 2016

 

Une douche mobile au service des personnes de la rue. Un moment de détente dans des véhicules spécialement pensés et conçus pour le bien-être de ses utilisateurs. Mobil’douche est une association itinérante qui permet aux sans-abri de se laver, en toute intimité.

Ranzika Faïd a toujours cherché à répondre au mieux aux besoins des personnes de la rue. « Je leur donnais des boissons, de la nourriture, des vêtements mais je sentais qu’il manquait quelque chose », raconte Ranzika. Un après-midi comme les autres, après la lecture d’un article de presse, elle a eu une idée. « J’ai lu une enquête d’EMMAÜS sur les priorités et attentes des sans-abri par les sans-abri. Dans le top trois, il y a avait celui de rester propre

Nous sommes en 2006. Ranzika entraîne ses deux meilleures amies dans ce projet délirant : créer une douche mobile qui irait à la rencontre des plus démunis. Beaucoup de ses amis, sceptiques, tentent de la raisonner. Mais elle tient bon, avec toujours en tête, la déclaration universelle des droits de l’homme. Parmi eux le droit à la dignité, à la santé et à l’hygiène.

Une douche comme à la maison 

Trois ans après ce déclic, le premier véhicule équipé de l’association voit le jour. Le Mobil’douche est pensé pour donner à l’utilisateur la sensation de passer du lit à la salle de bain. Le désir de proposer un moment à soi pour se réapproprier un corps que la rue maltraite. A l’intérieur, un salon d’accueil, une zone d’intimité et de repos pour le salarié et les bénévoles. Le moment de la douche n’a pas de limite de temps. “Nous avons des gens qui peuvent rester jusqu’à 2h. C’est le cas d’une femme que j’ai eue il y a peu et qui avait besoin de se confier, de parler. Si les gens veulent se doucher 2 ou 3 fois, ce n’est pas un souci. Le camion a une autonomie de 200 litres, s’il faut remplir de nouveau, l’équipe le fait sans problème”, explique Jean-Pierre O’Biang, le premier salarié de l’association.

Rencontrer Ranzika Faïd, c’est aussi croiser les utilisateurs de la Mobil’douche qui l’accostent dans la rue et la remercient. Noémie dort dans le quartier depuis un mois et demi : « Je me suis retrouvée à la rue parce que mes parents n’acceptent pas mon copain, d’origine gitane ». Ce qu’elle pense de l’association ? « On est bien accueilli, ça fait plaisir de voir qu’il y a des gens comme eux », explique-t-elle en adressant un sourire en direction de Jean-Pierre. Philippe, 57 ans, monte tant bien que mal avec sa béquille dans la Mobil’Douche. « J’ai une broche dans la jambe droite avec quinze vis. Je suis invalide. Mais ici, je suis comme un prince. Il y a du produit douche et tout. C’est pas comme les bains-douches municipaux où la plupart du temps, il faut venir avec son matos. Et c’est propre et nettoyé à chaque fois ! »

pour se plaire à soi-même

Les maraudes se déroulent du mardi au vendredi. « Sur l’année 2015 nous avons reçu 680 personnes. Une douzaine de personnes en bénéficient chaque jour. Au début, il y avait davantage d’hommes que de femmes car elles sont plus discrètes », note Jean-Pierre. Mais cette tendance s’est inversée et les femmes plus nombreuses que jamais. « C’est amusant car il y avait une femme qui fuyait chaque fois qu’elle nous voyait. Elle nous expliquait craindre et ne pas savoir ce que nous faisions vraiment aux femmes dans ce camion. Et aujourd’hui, elle tient pour la plus active de nos ambassadrices. »

Ranzika et ses équipes font attention aux produits d’hygiène fournis aux utilisateurs, tout comme à l’état des vêtements propres redistribués. « Nous avons beaucoup de dons. Nous avons des lunettes de soleil, des casquettes, des petits miroirs, du maquillage. Je suis très fière de fournir cela lors des maraudes », explique-t-elle. Ranzika souhaite que les femmes s’autorisent à redevenir coquettes et que les hommes puissent se plaire à eux-mêmes.

une mobil’douche, 30 000€

Aujourd’hui, Mobil’douche, ce sont deux véhicules en région parisienne et un en Avignon. L’association se déplace en fonction des appels téléphoniques et des besoins géographiques mais certains bénévoles vont plus loin. « Une fois par semaine, le mardi, je vais au Bois de Vincennes. Il y a des centaines de personnes de la rue. Là-bas des associations se relaient pour apporter différents services. Alimentation, santé, domiciliation…», explique Jean-Pierre.

La rentrée verra le lancement d’une troisième Mobil’douche. Et Ranzika souhaite lancer un quatrième véhicule pour quadriller Paris et la petite couronne. Chaque Mobil’douche coûte environ 30 000 euros entre l’aménagement et le marquage. « Il nous faudrait un parc de stationnement. Nous avons été vandalisés à de multiples reprises. Mais j’ai confiance, je vais le trouver », assure la fondatrice de l’association. Mobil’douche est désormais connu, reconnu et conseillé aux personnes de la rue. Ranzika, entend bien poursuivre son action. « Vivre dans la rue n’est pas une fatalité, si la société fait en sorte d’agir. Nous n’avons rien à vendre, nous n’avons pas besoin de convaincre. L’hygiène touche tout le monde. »