LE CARILLON, LE RÉSEAU SOLIDAIRE QUI RÉVEILLE PARIS 

PAR CAMILLE CALIER, LUCE BURNOD ET LOU BOSSARD
LE 16 SEPTEMBRE 2016

 

Le Carillon favorise la mise en relation des commerçants, des particuliers et des sans-abri d’un même quartier. Son objectif : permettre aux personnes de la rue d’accéder à un ensemble de services gratuits et solidaires. Présent dans le 11ème arrondissement de Paris, le Carillon compte s’étendre rapidement à l’ensemble de la capitale.

Un accès à des toilettes propres, une trousse à pharmacie, une coupe de cheveux gratuite, un café… Le Carillon est un réseau solidaire de commerçants et de particuliers prêts à rendre service aux personnes de la rue. « Lorsqu’on voit un sans-abri, on ne sait pas toujours comment réagir. Certes, on lui donne parfois une pièce mais la relation s’arrête là. On continue son chemin et lui également. L’échange ne va pas plus loin », explique Louis-Xavier Lecat, fondateur de l’association.

Le principe du Carillon est simple. Au moyen d’un logo clairement identifiable et de pictogrammes, les commerçants affichent sur leur devanture les services qu’ils sont prêts à rendre aux sans-abris mais également à toutes les personnes du quartier. Lancé dans le 11ème arrondissement de Paris, il devrait s’étendre à l’ensemble de la capitale avant la fin de l’année. Les associations présentes dans le quartier, comme la Croix-Rouge, le Samu Social ou encore l’Ordre de Malte, distribuent la liste des boutiques lors de leurs maraudes. Un document indispensable pour s’y retrouver, entre les services rendus et leur localisation.

être acteur de son quartier

Selon une étude BVA réalisée pour Emmaüs, plus de 80 % des sans-abri ressentent un certain rejet de la part des passants et commerçants. Après ce constat, Xavier Lecat a souhaité apporter des solutions. « Ca peut paraître cliché, mais les pays en développement ne réagissent pas pareil que nous. Là-bas, on n’attend pas que l’état trouve une solution. On se décide à agir avant et l’on considère qu’il est aussi de notre responsabilité d’améliorer les conditions de vie de ces gens. » Le jeune homme s’est notamment inspiré d’une initiative suisse qui permet aux particuliers d’afficher sur leur boîte aux lettres ce qu’ils peuvent prêter à leurs voisins.

Depuis la création de l’association 794 services ont été rendus aux personnes de la rue. Le réseau du Carillon, c’est aujourd’hui une quarantaine de particuliers et 70 commerçants. « Les commerçants aidaient déjà les sans-abri de manière informelle. C’est une excuse pour créer du lien social. Les gens ont la volonté d’être acteurs de leur quartier », reconnaît Guillaume, membre actif du Carillon. « Il y a une triangulaire commerçants-particuliers-personnes à la rue. L’idée étant qu’on ne sache plus au final qui vient d’où. » Les devantures des commerces du 11eme arrondissement, quant à elles, affichent fièrement leur appartenance au Carillon.

apéro pétanque

Laurie, gérante du café Le 53m² (11ème) , propose « toilettes, verre d’eau, clope, et aide pour remplir des documents, on rend tous les services qu’on peut ! » Et elle a choisi d’associer la clientèle à son engagement. Depuis le 11 mars, le bar fait aussi participer ses clients à la collecte mensuelle du Carillon. La troisième du genre a permis de recueillir tampons et serviettes hygiéniques pour les femmes sans-abri. Du côté de la pharmacie, rue d’Oberkampf, « on soigne tout le monde, on ne fait pas de différence », explique le gérant. « Mettre le logo du Carillon était une évidence, je n’ai pas attendu l’association pour faire des petits pansements. » Soucieux de ne pas se mettre en avant — il préfère taire son nom -, il assure agir par solidarité, en aucun cas pour se faire bien voir par ses clients.

Le réseau Carillon ce sont aussi de belles rencontres qui débouchent parfois sur un petit boulot. Michel, sans-abri et ambassadeur du Carillon, est fan de littérature. Il avait l’habitude de se rendre régulièrement dans une librairie du réseau. Les gérantes lui ont proposé il y a quelques jours d’écrire des critiques de livres pour leur magasin. « C’est le genre d’initiative de la part des commerçants qui nous fait vraiment plaisir et Michel est super content ! » Tous les 11 du mois, le Carillon organise aussi des rencontres pour que commerçants, particuliers et personnes de la rue se retrouvent. « On a organisé un apéro pétanque en juin, il n’y avait plus de différence de statut, de condition… La pétanque a un pouvoir fédérateur assez fort, tout le monde s’est amusé et a fait de belles rencontres. C’était comme une partie entre bons amis ! »

biscuiteries et conciergeries d’insertion 

D’ici trois mois, le 11ème arrondissement va exporter son modèle à d’autres quartiers. « Nous sommes en train de réfléchir à la manière de le faire. Chaque quartier est différent avec son identité propre. Il faut s’adapter », explique Louis-Xavier. L’association se professionnalise et se lance dans deux chantiers d’insertion. Tout d’abord une biscuiterie puis une conciergerie. L’association aimerait aussi ouvrir un lieu d’accueil où chacun pourrait avoir son intimité et la possibilité d’échanger. « Ces chantiers fonctionneront avec le talent et les compétences de chacun. Nous ne voulons pas de misérabilisme, les membres sont actifs et de valeur. »

Car Le Carillon compte des ambassadeurs parmi les bénéficiaires qui leur font très bonne pub. Le Carillon recrute des services civiques et des bénévoles. Elle recherche également des locaux pour accueillir ses chantiers mais aussi des fonds pour financer les contrats d’insertion des personnes qui y travailleront. « Notre priorité, c’est que toutes les personnes à la rue soient au courant que cela existe et en parlent.